Audubon Photography Awards : un festival d’images pour célébrer et protéger les oiseaux
Chaque année, les Audubon Photography Awards, organisés par la National Audubon Society, sont devenus l’un des rendez-vous incontournables de la photographie animalière. L’édition 2025 s’illustre par une double nouveauté : l’ouverture du concours à deux pays d’Amérique du Sud, le Chili et la Colombie, ainsi que la création de catégories inédites, plaçant la conservation et les migrations au cœur du récit visuel. Entre poésie visuelle et plaidoyer écologique, les lauréats offrent une plongée fascinante dans le monde des oiseaux.
Gagnant du prix Chili et Colombie : Felipe Esteban Toledo Alarcón

Alors que je m’étais rendu dans la lagune du parc Saval pour capturer les rituels d’accouplement des grenouilles, mon ami et moi avons été distraits par une scène spectaculaire : un couple de martins-pêcheurs annelés en pleine chasse, disparaissant totalement sous l’eau. Impossible de détourner le regard. Tandis que la femelle restait à distance, le mâle multipliait les plongeons infructueux, s’approchant un peu plus à chaque tentative. Malgré une lumière loin d’être idéale, j’ai réglé mon boîtier en rafale, vitesse rapide, ISO modéré et mise au point par zone, prêt à saisir l’instant. Au sixième plongeon, la magie a opéré : l’oiseau a jailli de l’eau avec fracas, révélant toute sa grâce, sa puissance et son éclat.
Matériel : Sony a7 IV, Sony FE 200-600mm f/5.6-6.3 G OSS
Gagnant du prix États-Unis et Canada : Liron Gertsman

Au Mexique, les frégates sont une présence familière le long des côtes, souvent perchées dans le ciel des villes portuaires. Connues pour leur comportement kleptoparasitaire, elles n’hésitent pas à dérober le butin d’autres oiseaux marins, voire celui des pêcheurs. Ce jour-là, j’ai eu la chance de les photographier alors qu’elles traversaient un splendide halo solaire. Ce phénomène atmosphérique apparaît lorsque des millions de cristaux de glace en suspension réfractent la lumière du soleil, généralement en présence de nuages de type cirrus ou cirrostratus. Pour immortaliser la scène, j’ai choisi une petite ouverture afin d’assurer la netteté à la fois des oiseaux et du ciel, tout en créant un effet d’étoile rayonnante autour de l’astre solaire, placé au cœur du cadre.
Matériel : Canon EOS R5, Sigma 14mm F1.8 DG HSM Art EF
Gagnant du prix oiseaux dans le paysage – États-Unis et Canada : Joe Subolefsky

Mon objectif était clair : photographier les fous de Bassan sous la Voie lactée. J’ai donc étudié les phases lunaires et planifié un séjour à Terre-Neuve. Mais les prévisions météo annonçaient trois nuits de pluie et de brouillard, réduisant considérablement mes chances. J’ai tout de même rejoint la colonie et attendu patiemment une éclaircie, éclairé seulement par le faisceau du phare voisin qui balayait la scène toutes les trente secondes. Finalement, durant une vingtaine de minutes à peine, les nuages se sont dissipés, laissant apparaître les étoiles et la Voie lactée, offrant le décor tant espéré.
Matériel : Canon EOS R5, Canon RF 15-35mm F2.8L IS USM
Gagnant du prix oiseaux dans le paysage – Colombie : Shamir Shah

Ce jour-là, je photographiais des arbres bordant une piste cyclable le long d’une route très fréquentée, lorsque j’ai gravi une passerelle pour varier mon angle de vue. C’est alors que mon regard a croisé celui de perroquets à tête bleue, perchés dans un creux, curieux et attentifs. Cette scène raconte une histoire singulière : en contrebas, les automobilistes poursuivent leur routine quotidienne, tandis qu’au-dessus, ces oiseaux nous observent, témoins silencieux de vies humaines trop pressées pour remarquer les multiples expressions de la nature qui les entoure.
Matériel : Nikon D750, Nikkor AF-S 24-120mm F4G ED VR
Gagnant du prix oiseaux dans le paysage – Chili : Caro Aravena Costa

En hiver, les journées sont courtes en Patagonie, mais la lumière y est d’une beauté rare. À notre arrivée à Puerto Natales, mon groupe longeait le front de mer au moment où le soleil amorçait son déclin. C’est alors que nous avons aperçu des flamants roses, se découpant en contre-jour. J’ai saisi mon appareil et nous avons avancé prudemment jusqu’au rivage enneigé et glacé. Dans un froid mordant, je me suis allongé au sol pour capturer la scène. La lumière dorée du soleil enveloppait tout, instaurant une atmosphère presque irréelle.
Matériel : Sony a7 IV, Sony FE 100-400mm F4.5-5.6 GM OSS
Gagnant du prix oiseaux sans frontières – Chili et Colombie : Jacobo Giraldo Trejos

Réaliser cette image a exigé patience, sens du détail et, surtout, la capacité d’endurer une chaleur accablante. Sans relâche, la Sterne royale adulte sillonnait le ciel, cherchant de quoi nourrir ses petits qui l’attendaient sagement sur une rambarde. On croit souvent que le dévouement et la tendresse envers sa progéniture sont propres aux humains, mais la nature, une fois encore, démontre le contraire. J’éprouve un immense respect pour les efforts de ces oiseaux : immortaliser cet instant fut un privilège, qui justifiait chaque minute d’attente et chaque goutte de sueur.
Matériel : Canon EOS R50, Sigma 150-600mm F5.6-6.3 DG OS HSM
Gagnant du prix oiseaux sans frontières – États-Unis et Canada : Yoshiki Nakamura

Chaque hiver, des dizaines de milliers d’oies des neiges quittent la Sibérie pour gagner la vallée de la Skagit, dans l’État de Washington, où elles séjournent d’octobre à avril. Leurs envols collectifs sont spectaculaires : certaines volées dépassent les 10 000 individus, s’élançant d’un seul mouvement à la moindre alerte. Si elles se déplacent en parfaite synchronie, chaque oiseau suit pourtant son propre rythme et sa propre trajectoire, tissant une danse à la fois ordonnée et chaotique. Pour traduire cette chorégraphie éphémère, j’ai choisi une vitesse d’obturation lente. Le résultat, que j’aime appeler un « vol fondu », mêle formes, élans et instincts. Ce qui m’émerveille le plus, c’est cette harmonie du désordre : aucun heurt, aucune directive, seulement une énergie commune qui anime le ciel.
Matériel : Nikon D850, Nikon AF-S 600mm F4E FL ED VR + téléconvertisseur Nikon TC-17E-II
Gagnant du prix conservation – Chili et Colombie : Luis Alberto Peña

Alors que je photographiais des oiseaux en zone rurale, je suis tombé sur un incendie. Ce qui n’était au départ qu’un brûlage dirigé pour nettoyer les résidus de rizières avait échappé à tout contrôle. Dans cette région, de nombreux riziculteurs considèrent ces feux comme indispensables à leur subsistance, mais lorsqu’ils dégénèrent, ils deviennent néfastes pour la qualité de l’air comme pour les habitats. Au milieu des flammes et de la fumée, j’ai remarqué une Buse des savanes. Imperturbable, elle restait à proximité, revenant sans cesse, guettant les proies désorientées qui fuyaient le brasier. De mon côté, j’ai fini par devoir reculer devant l’intensité du feu. Avant de partir, j’ai saisi cette image, témoignage d’une nature contrainte de s’adapter et de survivre dans des conditions extrêmes.
Matériel : Nikon Coolpix P900
Gagnant du prix conservation – États-Unis et Canada : Jean Hall

En tant que bénévole pour le programme Owl Watch d’Audubon of the Western Everglades, j’ai passé de longues heures à observer et photographier les chevêches des terriers. Au départ, je cherchais simplement à capturer leur beauté et leurs comportements fascinants. Mais, peu à peu, j’ai compris qu’il fallait aller au-delà de l’esthétique et adopter une démarche plus journalistique, afin de témoigner de la fragilité de cette espèce menacée. Cette photo a été prise près d’un chantier, où un individu intrépide avait choisi de se percher plusieurs jours durant sur un immense tas de bois. J’y suis retourné à plusieurs reprises, sans jamais savoir où ni quand il réapparaîtrait. L’habitat de la chevêche des terriers a presque entièrement disparu, notamment sur Marco Island, mais sa résilience et sa détermination forcent l’admiration.
Matériel : Canon EOS 5D Mark IV, Canon EF 24-105mm F4 L IS USM
Gagnant du prix plantes pour oiseaux – Chili et Colombie : Cristian Valencia

J’ai eu l’opportunité de travailler comme guide ornithologique à l’hôtel Termales del Ruiz, non loin du parc national naturel de Los Nevados. Cette région abrite un écosystème de subpáramo, une forêt fraîche et foisonnante de biodiversité. Mon objectif était de photographier le Bec-en-épine à dos violet ; je me suis donc approché des fleurs dont il assure la pollinisation. Un jour, j’ai eu la chance d’observer un individu de près. Il ne me restait plus qu’à patienter pour saisir toute la splendeur de ses couleurs alors qu’il se nourrissait. Partager ces images est pour moi une manière de sensibiliser : détruire une forêt, c’est aussi menacer la survie d’espèces uniques comme celle-ci.
Matériel : Sony a7 II, Sigma 100-400 F5-6.3 DG DN OS
Gagnant du prix plantes pour oiseaux – États-Unis et Canada : Barbara Swanson

En janvier, j’ai visité à trois reprises les falaises de La Jolla, au moment où les cormorans bâtissaient leurs nids, et à chaque sortie mes images gagnaient en précision. Ces oiseaux rasent la surface de l’océan avant de prendre rapidement de l’altitude, ce qui rend leur trajectoire difficile à anticiper. Lors de ma troisième visite, j’ai aperçu l’un d’eux approcher au loin. J’avais à peine six secondes pour effectuer la mise au point et déclencher, juste avant qu’il ne se pose. J’étais au bon endroit au bon moment, et le mode « détection d’oiseaux » de mon appareil m’a permis de garder le cormoran parfaitement net dans le cadre. Celui-ci ne transportait pas seulement les herbes marines habituelles, mais aussi un filament d’algues rouges, étincelant comme un joyau translucide.
Matériel : Nikon Z8, Nikkor Z 600mm F6.3 VR S
Gagnant du prix jeunesse – Chili et Colombie : Camilo Sanabria Grajales

En route vers la Foire aux oiseaux de Colombie cette année, mon père et moi avons fait halte au restaurant Neblinas. En me promenant sur le sentier nature, dans le froid des hautes altitudes, j’ai aperçu une petite fauvette s’approcher discrètement. Soudain, elle s’est emparée d’un papillon de nuit et l’a secoué avec force. Surpris, j’ai eu le réflexe de capturer en détail cet instant précis, tandis que les écailles du papillon s’envolaient, libérées à chaque coup de bec. Pour moi, cette image illustre la relation essentielle entre les oiseaux migrateurs et les écosystèmes qui leur offrent refuge.
Matériel : Canon EOS Rebel T7, Sigma 150-600mm F5-6.3 DG OS HSM
Gagnant du prix jeunesse – États-Unis et Canada : Parham Pourahmad

Quand j’ai appris qu’un hibou moyen-duc avait été observé au parc régional de Coyote Hills, je m’y suis rendu sans tarder. Arrivé avant l’aube, j’ai aperçu l’oiseau chassant des rongeurs dans les prairies et les marais. Pendant près d’une heure, il a alterné phases de vol et d’attente, m’offrant de multiples occasions de le photographier. Puis le soleil s’est levé, baignant le marais de couleurs éclatantes. Lorsque le hibou a traversé le paysage, je l’ai volontairement cadré avec son environnement, pour souligner le lien étroit qui l’unit à son habitat. La lumière chaude et la manière dont il se détachait malgré sa silhouette discrète rendaient la scène particulièrement saisissante.
Matériel : Nikon D3500, Sigma 150-500mm F5-6.3 DG OS HSM
Gagnant du prix oiseaux côtiers – Chili et Colombie : Francisco Castro Escobar

J’aime observer les oiseaux tous les week-ends sur le littoral de ma ville. L’étalement urbain a affecté l’habitat des limicoles, mais malgré cela, en été, il est courant d’apercevoir certaines espèces se promener parmi les affleurements rocheux ou sur le rivage. Ce jour-là, un jeune huîtrier d’Amérique et sa mère se sont approchés de moi. Je me suis caché, attendant patiemment qu’ils s’approchent, jusqu’à ce que je puisse immortaliser ce magnifique moment où la mère donne un mollusque à son petit. La tendresse d’une image comme celle-ci contribue à sensibiliser le public à l’importance de protéger ces « guerriers du littoral », comme j’appelle ces oiseaux, qui luttent pour survivre au quotidien.
Matériel : Sony a7 IV, Sony FE 200-600mm F5.6-6.3 G OSS
L’édition 2025 des Audubon Photography Awards démontre une nouvelle fois la puissance de l’image pour émerveiller, sensibiliser et témoigner de la richesse du monde aviaire. Des falaises de La Jolla aux lagunes du Chili, en passant par les marais d’Amérique du Nord, chaque cliché raconte une histoire unique où s’entremêlent beauté, fragilité et résilience. Pour découvrir l’ensemble des lauréats et vous laisser inspirer par toutes les images primées, rendez-vous sur le site officiel du concours audubon.org.






