Divers

Sony World Photography Awards 2025 : les lauréats dévoilés

Le monde de la photographie s’est récemment donné rendez-vous à Londres pour célébrer l’excellence visuelle lors de la remise des Sony World Photography Awards 2025. Véritable référence dans l’univers de l’image, ce concours a une nouvelle fois mis en lumière des talents du monde entier. Cette année, c’est le photographe britannique Zed Nelson qui a été couronné « Photographe de l’année » pour sa série The Anthropocene Illusion, une œuvre engagée qui questionne notre rapport à une nature de plus en plus façonnée par l’homme.

Photographe de l’année : Zed Nelson

En un battement de cils à l’échelle de l’histoire de la Terre, l’humanité a transformé la planète d’une manière inédite depuis des dizaines de millions d’années. Les scientifiques désignent cette époque comme l’Anthropocène : l’ère de l’homme. Dans les strates géologiques du futur, les preuves de notre passage seront flagrantes — accumulation massive de plastiques, résidus de combustion fossile, vastes dépôts de béton façonnant nos cités.

En détruisant les habitats naturels, nous menons faune et flore vers l’extinction, nous éloignant peu à peu des terres sauvages qui nous ont vu naître. Pourtant, un besoin irrépressible de lien avec la nature persiste en nous. Incapables de regarder en face l’ampleur de nos pertes, nous recréons une nature factice, une version édulcorée et mise en scène, conçue pour nous rassurer — une illusion soigneusement entretenue.

Pendant six ans, à travers quatre continents, Zed Nelson a documenté cette nouvelle relation au vivant, dévoilant comment l’homme s’immerge dans des environnements artificiels et orchestrés, dissimulant ainsi l’impact dévastateur de ses actes sur le monde naturel.


Catégorie architecture et design : Ulana Switucha 

Le projet « Toilettes de Tokyo » est une initiative de réaménagement urbain menée dans l’arrondissement de Shibuya, à Tokyo. Il vise à repenser la conception et l’accessibilité des toilettes publiques, en les transformant en espaces modernes, accueillants et innovants. Véritables œuvres d’art autant qu’équipements fonctionnels, ces constructions s’intègrent pleinement dans le paysage urbain. Les photographies présentées s’inscrivent dans une démarche plus large de documentation de l’esthétique architecturale de ces structures au cœur de la ville.


Catégorie créative : Rhiannon Adam

Depuis l’aube de l’humanité, 117 milliards de personnes ont levé les yeux vers la même Lune, mais seuls 24 êtres humains – tous Américains – ont eu le privilège d’en observer la surface de près. Durant la pandémie de Covid-19, l’artiste a découvert une opportunité unique : la candidature au projet dearMoon. Lancée en 2018 par le milliardaire et collectionneur d’art japonais Yusaku Maezawa, cette initiative visait à sélectionner huit artistes du monde entier pour l’accompagner lors d’une mission lunaire d’une semaine à bord du Starship de SpaceX — première expédition civile vers l’espace lointain.

La trajectoire prévue évoquait celle d’Apollo 8 en 1968, ce voyage historique au cours duquel l’astronaute Bill Anders avait déclaré que la NASA « aurait dû envoyer des poètes » pour capturer pleinement l’émerveillement du voyage spatial. En 2021, Rhiannon Adam fut choisie parmi un million de candidats, devenant l’unique femme de l’équipage et saisissant la chance d’accomplir l’impossible. Pendant trois ans, elle s’est plongée dans l’univers de l’industrie spatiale… avant que, en juin 2024, Maezawa n’annonce soudainement l’annulation du projet, laissant les membres de l’équipage face aux conséquences d’un rêve brutalement interrompu.


Catégorie projets documentaires : Toby Binder

Si j’étais né quelques mètres plus loin, de l’autre côté de cette frontière de tôle ondulée, je serais devenu britannique. C’est vertigineux d’y penser. Mon identité — ma culture, ma religion, mon héritage, mes convictions politiques — n’est finalement que le produit du hasard de ma naissance. J’aurais pu, en un rien de distance, devenir ce que l’on m’a appris à considérer comme un « ennemi ». — Paul McVeigh, romancier originaire de Belfast.

Toby Binder observe : « Il n’existe guère en Europe de pays où un conflit passé demeure aussi prégnant dans le quotidien qu’en Irlande du Nord. » Ici, les divisions ne se limitent pas aux murs et aux clôtures ; elles s’enracinent profondément dans les esprits. Depuis plusieurs années, le photographe documente la vie des jeunes générations, toutes nées après l’accord de paix, et montre comment elles grandissent au sein de cette tension latente, aussi bien dans les quartiers catholiques que protestants.


Catégorie environnement : Nicolás Garrido Huguet

Alquimia Textil est un projet collaboratif porté par Nicolás Garrido Huguet et María Lucía Muñoz, chercheuse et créatrice de mode. Ensemble, ils célèbrent les techniques de teinture naturelle perpétuées par les artisans de Pumaqwasin, à Chinchero, dans la région de Cusco au Pérou. Leur démarche vise à valoriser et préserver ces savoir-faire ancestraux, fruits d’un travail long et minutieux souvent méconnu ou négligé dans l’industrie textile moderne.

Aujourd’hui, ces méthodes traditionnelles sont menacées, supplantées peu à peu par les procédés industriels, tandis que le changement climatique fragilise les plantes indispensables à leur pratique. Les photographies présentées illustrent trois types de teinture : le qolle (Buddleja coriacea), un arbuste aux fleurs jaunes ; le ch’illka (Baccharis sp.), dont les feuilles et tiges donnent des teintes vertes et ocres ; ainsi que la cochenille (Dactylopius coccus), un insecte andin offrant toute une palette de rouges, carmins et violets.


Catégorie paysage : Seido Kino

Ce projet propose au spectateur une réflexion sur l’évolution d’un pays, en mettant en lumière les bénéfices et les revers du développement. Il juxtapose des photographies d’archives des années 1940 à 1960 avec des scènes contemporaines prises aux mêmes endroits. Lors du boom économique du Japon, entre 1945 et 1973, la prospérité s’est souvent accompagnée d’une forte pollution dans de nombreuses régions. En tant que nation insulaire, le Japon a également dû composer avec des ressources limitées et un espace restreint, ce qui a accentué une répartition inégale de sa population.


Catégorie perspectives : Laura Pannack

Rentrer de l’école est un geste simple, universel et empreint de nostalgie auquel chacun peut s’identifier. Ce projet explore pourtant une réalité bien différente : celle des jeunes du quartier de Cape Flats, au Cap, en Afrique du Sud, où les déplacements quotidiens sont marqués par la menace constante des violences liées aux gangs.

À l’aide de techniques artisanales et expérimentales, souvent lo-fi, l’artiste documente comment ces adolescents doivent traverser des territoires dangereux, esquivant les risques de tirs croisés pour simplement aller et revenir de l’école. En mêlant poésie, photographie argentique, dessins, collages et cyanotypes, ce travail dresse un portrait intime de l’adolescence dans un contexte de profondes fractures sociales, offrant un regard rare sur un univers aussi complexe que chaotique.


Catégorie portrait : Gui Christ

M’kumba est un projet en cours qui met en lumière la résilience des communautés afro-brésiliennes face à l’intolérance religieuse persistante. Son titre provient d’un ancien mot kongo désignant les chefs spirituels, terme qui a été détourné au fil du temps pour dénigrer les religions d’origine africaine. Pendant plus de trois siècles, près de cinq millions d’Africains ont été déportés au Brésil, perdant leur liberté et voyant leur spiritualité persécutée sous l’emprise des idéologies coloniales.

Jusqu’aux années 1970, les religions afro-brésiliennes étaient criminalisées, et malgré les avancées légales, elles restent aujourd’hui confrontées à une violence récurrente : plus de 2 000 attaques ont été recensées en 2024. Si 56 % de la population brésilienne est d’origine africaine, moins de 2 % osent se revendiquer ouvertement afro-religieux, par peur de la stigmatisation.

Prêtre afro-religieux en devenir, Gui Christ a entrepris de photographier une nouvelle génération fière, incarnant les divinités et les récits mythologiques africains. À travers des portraits intimes, il déconstruit les préjugés tout en célébrant ces traditions spirituelles comme un socle fondamental de l’identité culturelle brésilienne.


Catégorie sport : Chantal Pinzi

En Inde, le pays le plus peuplé au monde avec plus de 1,4 milliard d’habitants, les skateuses restent une rareté. C’est dans ce contexte que le projet Shred the Patriarchy prend tout son sens, racontant comment, face aux préjugés et aux menaces, certaines femmes ont choisi la rébellion — une planche sous les pieds comme arme de résistance contre le patriarcat. À travers l’apprentissage de la chute et du rebond, elles défient les stéréotypes, combattent la marginalisation et réinvestissent l’espace public, aussi bien dans les villes que dans les campagnes.

Pour beaucoup, le skateboard est devenu un moyen d’échapper aux mariages arrangés, d’acquérir une autonomie financière ou de gagner le respect au sein de leur communauté. Par ces gestes simples mais profondément subversifs, ces jeunes femmes indiennes ébranlent un ordre établi et se réapproprient le droit d’imaginer un autre avenir pour elles-mêmes : devenir une voix, et non plus un écho.


Catégorie nature morte : Peter Franck

Still Waiting présente des collages capturant des instants de pause, d’attente. Ils illustrent l’espace liminal entre les événements, un seuil où le temps semble s’étirer et où les significations demeurent floues. La juxtaposition des objets dans cet espace laisse place à l’interprétation, invitant à des envolées surréalistes. Tout est suspendu, maintenu dans un équilibre fragile où l’intervention semble imminente. À quelques fractions de seconde d’une action décisive, les images persistent dans un instant d’immobilité fugace, un souffle avant que le monde ne reprenne son cours.


Les Sony World Photography Awards 2025 offrent une fenêtre fascinante sur la diversité des regards et des histoires qui traversent notre époque. Chaque projet récompensé témoigne d’un engagement profond envers l’image comme outil de mémoire, de réflexion et de changement. Pour découvrir l’ensemble des portfolios des lauréats ainsi que le travail des finalistes, nous vous invitons à visiter le site officiel des Sony World Photography Awards. Un voyage visuel inspirant vous y attend.

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *