Canon EOS R8 Mark II : le plein format compact corrige enfin ses principaux défauts
Trois ans après un EOS R8 qui avait réussi à démocratiser une grande partie des performances de l’EOS R6 Mark II, Canon revient avec un successeur nettement plus ambitieux. Le nouveau Canon EOS R8 Mark II conserve un capteur plein format de 24,2 Mpx et une rafale atteignant 40 images par seconde, mais corrige plusieurs des concessions qui limitaient son prédécesseur. Stabilisation mécanique du capteur, joystick autofocus, suivi amélioré, buffer plus généreux et fonctions vidéo enrichies sont notamment au programme. Le tout prend place dans un boîtier entièrement redessiné proposé à 1 799 €.
Un design qui tranche avec les habitudes de Canon
La première surprise vient avant même d’allumer l’appareil. Alors que le premier EOS R8 reprenait les formes arrondies désormais caractéristiques des hybrides Canon, le nouveau Canon EOS R8 Mark II adopte une silhouette nettement plus anguleuse. Les surfaces deviennent plus planes, la bosse du viseur s’affine et les différentes commandes semblent davantage intégrées au boîtier.
Canon revendique ici un retour vers certains appareils argentiques de son histoire, et notamment l’EOS 650 de la fin des années 1980. Le résultat n’est pas véritablement rétro pour autant. L’EOS R8 Mark II conserve une allure très contemporaine, simplement plus minimaliste et géométrique que celle des autres hybrides de la gamme EOS R. Ce changement risque naturellement de diviser. Certains apprécieront ce dessin plus épuré, quand d’autres regretteront les courbes familières des EOS R6 II et EOS R8. Une fois l’appareil en main, la transition est cependant beaucoup moins radicale. La poignée reste bien creusée et les commandes tombent naturellement sous les doigts.
Malgré l’arrivée de la stabilisation mécanique, Canon parvient surtout à préserver un format particulièrement compact pour un appareil plein format. Le boîtier mesure 131 x 90 x 79 mm pour seulement 546 g avec batterie et carte mémoire. C’est 85 g de plus que l’ancien EOS R8, mais le nouveau modèle reste remarquablement léger compte tenu des fonctions ajoutées. Canon le présente d’ailleurs comme son appareil EOS stabilisé le plus léger à ce jour. Pour les grandes mains ou l’utilisation avec des téléobjectifs imposants, un grip d’extension EG-E2 est également proposé. Celui-ci ne reçoit pas de seconde batterie mais augmente simplement la hauteur de la poignée afin d’améliorer la prise en main.

Enfin un joystick pour sélectionner l’autofocus
La transformation ergonomique ne se limite pas au design. Canon corrige l’un des reproches les plus fréquemment adressés au premier R8 en ajoutant enfin un joystick autofocus. Sur l’ancien modèle, le déplacement manuel du collimateur nécessitait de passer par l’écran tactile ou le pavé directionnel. Cela pouvait devenir frustrant en photographie sportive, animalière ou de reportage lorsqu’il fallait déplacer rapidement la zone de mise au point tout en conservant l’œil dans le viseur.
Les deux molettes de réglage supérieures sont toujours présentes, de même que le bouton M-Fn et les nombreuses possibilités de personnalisation. L’appareil conserve ainsi cette logique Canon assez efficace qui permet de modifier rapidement sensibilité, mode autofocus, balance des blancs ou cadence de prise de vue. Plus discutable, l’interrupteur d’alimentation sert désormais également à basculer entre photo et vidéo. Il comporte ainsi trois positions : arrêt, photo et vidéo. Une disposition qui libère de la place mais qui peut conduire à sélectionner accidentellement le mode vidéo en allumant rapidement l’appareil.

Capteur plein format de 24,2 Mpx
Sous cette nouvelle carrosserie, Canon ne cherche pas à bouleverser une formule qui fonctionnait déjà très bien. L’EOS R8 Mark II reprend un capteur CMOS plein format de 24,2 Mpx, associé au processeur DIGIC X. La définition reste donc identique à celle du premier EOS R8 et suffisamment mesurée pour préserver de bonnes performances en basse lumière, maintenir des fichiers raisonnablement légers et autoriser des cadences élevées.
Il ne faut donc pas attendre une progression spectaculaire du niveau de détail par rapport au R8. Les premiers fichiers confirment une restitution très proche, avec des images détaillées, des couleurs riches et une plage dynamique confortable aux faibles sensibilités. Les RAW offrent une bonne latitude de développement, notamment pour récupérer des informations dans les ombres.
Cette définition de 24,2 Mpx apparaît également comme un compromis pertinent pour le public visé. Elle reste largement suffisante pour le portrait, le reportage, le voyage, l’animalier ou l’impression grand format, sans imposer le volume de stockage d’un capteur de 40 ou 50 mégapixels. La plage de sensibilité standard s’étend de 100 à 102 400 ISO, avec une extension possible jusqu’à l’équivalent de 204 800 ISO. Dans la pratique, le capteur conserve un grain assez fin et homogène aux sensibilités intermédiaires. Les images restent notamment très propres autour de 3200 ISO, ce qui confirme l’intérêt du boîtier pour le reportage intérieur, le spectacle ou la photographie en lumière naturelle.

La grande nouveauté : une stabilisation jusqu’à 7,5 stops
C’est probablement la modification la plus importante de cette seconde génération. Le premier EOS R8 faisait partie des rares hybrides plein format modernes dépourvus de stabilisation mécanique du capteur. Canon corrige désormais cette faiblesse avec un système IBIS cinq axes. Le constructeur annonce un gain maximal pouvant atteindre 7,5 stops au centre de l’image et 7 stops sur les bords, suivant l’objectif employé. Le boîtier peut également coordonner les mouvements du capteur avec le stabilisateur optique des objectifs RF compatibles.
Cette amélioration change profondément la polyvalence de l’appareil. Avec une optique lumineuse dépourvue de stabilisateur, il devient beaucoup plus facile de photographier à main levée lorsque la lumière décline en réduisant la vitesse d’obturation plutôt qu’en augmentant systématiquement la sensibilité. En paysage ou en architecture, le bénéfice est immédiatement perceptible pour travailler à 1/10 s, 1/4 s ou plus lentement lorsque le sujet le permet. Avec un téléobjectif, la stabilisation améliore également la stabilité de la visée, ce qui facilite à la fois le cadrage et le placement précis du collimateur.

Autofocus : le R8 II se rapproche encore des modèles experts
Le système autofocus Dual Pixel CMOS AF II est reconduit, mais Canon perfectionne ses algorithmes de détection et de suivi. Il peut ainsi automatiquement reconnaître les personnes, les animaux et les véhicules, avec une couverture autofocus portant pratiquement sur l’intégralité de l’image. Le comportement général apparaît particulièrement convaincant : une fois le sujet identifié, l’appareil conserve efficacement la mise au point lorsqu’il se déplace dans le cadre. La détection des yeux fonctionne également dans des situations moins favorables, par exemple lorsque le visage est partiellement tourné ou que le sujet porte des lunettes.
Canon ajoute surtout la fonction Register People Priority, jusqu’ici réservée à ses modèles plus haut de gamme. Il devient possible d’enregistrer le visage d’une personne afin que le système autofocus lui donne la priorité lorsque plusieurs sujets sont présents dans l’image. Une fonction particulièrement intéressante pour le mariage, l’événementiel ou certaines disciplines sportives.

En pratique, l’autofocus constitue l’un des grands points forts de l’EOS R8 Mark II. Il reste suffisamment simple pour qu’un débutant puisse laisser l’appareil sélectionner automatiquement le sujet, tout en offrant assez de paramètres pour qu’un photographe plus expérimenté adapte précisément le comportement du suivi. Les performances finales peuvent naturellement varier avec l’objectif utilisé. Certaines petites optiques RF équipées de moteurs STM moins rapides ne permettent pas d’exploiter toute la réactivité dont est capable le boîtier, tandis que les objectifs USM et VCM les plus récents se montrent nettement plus convaincants.
Toujours 40 images par seconde, mais bien plus longtemps
Canon conserve l’impressionnante rafale maximale de 40 images par seconde en obturation électronique. Il s’agit d’une valeur particulièrement élevée pour un appareil positionné à moins de 2 000 €. La nouveauté vient surtout du buffer. Le R8 Mark II peut enregistrer environ 30 % de fichiers RAW supplémentaires et 58 % de JPEG supplémentaires avant de ralentir par rapport à son prédécesseur. Canon annonce jusqu’à 73 RAW ou 190 JPEG à 40 im/s dans ses conditions de mesure.
Dans les premiers essais, cela représente typiquement plusieurs dizaines d’images RAW+JPEG et largement plus d’une centaine de JPEG avant saturation. La rafale devient donc réellement utilisable pour suivre une séquence sportive ou animalière complète, plutôt que de simplement afficher un chiffre spectaculaire pendant une poignée de secondes. Une fonction de pré-déclenchement enregistre également les 20 images capturées durant la demi-seconde précédant l’enfoncement complet du déclencheur. Pour un oiseau qui prend son envol, un animal qui bondit ou le départ d’une course, cette fonction peut faire toute la différence. Il n’est plus indispensable d’anticiper avec une précision parfaite l’instant décisif.
Toujours pas de véritable obturateur mécanique
Canon conserve en revanche une particularité héritée du premier EOS R8 : le boîtier ne possède pas d’obturateur entièrement mécanique. Deux solutions sont proposées. L’obturateur électronique au premier rideau atteint 1/4000 s et permet une rafale maximale de 6 im/s, tandis que l’obturateur entièrement électronique monte jusqu’à 1/16 000 s et autorise les fameuses rafales à 40 im/s.
Le premier rideau électronique constitue le choix le plus polyvalent. Il préserve notamment mieux la dynamique et autorise l’utilisation du flash. Il peut toutefois modifier légèrement la forme du bokeh avec certaines optiques très lumineuses et à des vitesses élevées. L’obturateur électronique devient préférable dès que la vitesse ou le silence absolu sont prioritaires. Le capteur bénéficie heureusement d’une lecture suffisamment rapide pour limiter efficacement le rolling shutter. En revanche, une légère réduction de la dynamique peut apparaître lorsque l’on privilégie les cadences les plus élevées.
Des filtres couleur pour séduire aussi les utilisateurs de smartphones
Canon cherche parallèlement à rendre son nouveau plein format plus accessible aux photographes venant d’un smartphone. L’EOS R8 Mark II propose 16 filtres couleur, avec notamment des rendus Positive Filmtone et Negative Filmtone. Ils permettent d’obtenir directement des JPEG au caractère plus marqué sans passer par Lightroom ou Capture One. Le concept évoque naturellement la popularité croissante des rendus argentiques proposés par d’autres constructeurs, même si Canon conserve ici sa propre approche.
Des modes automatiques plus pédagogiques permettent également de contrôler certains paramètres à partir de leur résultat visuel plutôt que de leur terminologie photographique. Il est par exemple possible d’agir sur le flou d’arrière-plan sans avoir à comprendre immédiatement la relation entre ouverture et profondeur de champ. L’intérêt est de pouvoir commencer très simplement tout en conservant ensuite accès aux modes PASM, au RAW et aux réglages avancés. Le R8 II reste ainsi accessible sans devenir simpliste.

4K 60p issue de la 6K et sans recadrage
La vidéo avait constitué l’un des points forts du premier R8 et Canon ne bouleverse donc pas les fondamentaux. Le R8 Mark II peut filmer en UHD 4K jusqu’à 60 images par seconde sans recadrage, avec une image suréchantillonnée à partir des données 6K du capteur. Ce procédé produit une image plus détaillée qu’une lecture native 4K et limite les risques de moiré.
La bonne vitesse de lecture du capteur permet également de contrôler efficacement le rolling shutter. Même lors de mouvements de caméra relativement rapides, les verticales restent généralement bien préservées. Le boîtier propose par ailleurs l’enregistrement 10 bits ainsi que le Canon Log 3, destiné aux vidéastes souhaitant effectuer un véritable travail d’étalonnage. Pour les ralentis, le Full HD progresse jusqu’à 180 images par seconde, avec possibilité d’enregistrer également le son. Des modes Slow & Fast peuvent directement produire des séquences accélérées ou ralenties à la cadence de lecture souhaitée.

L’arrivée de la stabilisation mécanique profite également aux vidéastes. Le premier EOS R8 reposait essentiellement sur la stabilisation optique des objectifs et la correction numérique. Avec le Mark II, les mouvements du capteur permettent désormais de mieux absorber les tremblements naturels lorsque l’appareil est utilisé à main levée. Canon conserve en complément une stabilisation numérique vidéo, éventuellement coordonnée avec l’IBIS et la stabilisation optique de l’objectif. Cette fonction implique un léger recadrage mais se montre intéressante pour marcher lentement avec l’appareil ou réaliser des mouvements de caméra sans stabilisateur externe. Le système autofocus conserve également ses fonctions de reconnaissance en vidéo. Visages, personnes, animaux et véhicules peuvent être automatiquement détectés puis suivis.
Canon ajoute en outre plusieurs petits outils créatifs, dont une fonction permettant de provoquer automatiquement une transition vers le flou à une vitesse prédéfinie. Cela ne remplace pas un véritable système de programmation de transitions de mise au point, mais permet facilement d’obtenir un effet plus cinématographique avec une optique photo traditionnelle.
Un viseur qui commence à accuser son âge
Si Canon améliore largement l’expérience générale, certains composants restent strictement identiques. Le viseur électronique OLED affiche toujours 2,36 millions de pixels avec un grossissement de 0,7x. Il reste parfaitement exploitable, mais paraît désormais modeste face aux viseurs de 3,69 millions de points ou davantage proposés sur plusieurs concurrents de prix comparable. Même constat pour l’écran arrière orientable de 3 pouces pour 1,62 million de points. Sa définition est suffisante et sa rotule facilite les cadrages verticaux, au ras du sol ou face caméra. Sa luminosité peut en revanche devenir juste en extérieur très lumineux. Ce sont probablement les concessions les plus visibles permettant à Canon de différencier son R8 Mark II des modèles supérieurs.

L’autonomie reste son principal point faible
Il existe cependant une caractéristique que Canon aurait réellement gagné à revoir : la batterie. Le R8 Mark II conserve la petite LP-E17 déjà employée par son prédécesseur. Selon les mesures normalisées, l’autonomie atteint environ 270 photos avec l’écran ou seulement 150 vues avec le viseur, des chiffres qui progressent respectivement à 340 et 220 images en mode économie d’énergie. Comme souvent, ces mesures sont pessimistes par rapport à une utilisation réelle, notamment lorsque l’on réalise de longues rafales. Elles restent malgré tout très inférieures à ce que permettent plusieurs appareils concurrents.
L’arrivée d’une stabilisation mécanique permanente ajoute en outre une nouvelle source de consommation. Une seconde batterie apparaît donc presque indispensable pour une journée complète de reportage, de voyage ou de photographie animalière. En vidéo, la contrainte devient encore plus évidente.
Canon EOS R8 II : premier verdict
Le Canon EOS R8 Mark II est moins une révolution qu’une profonde maturation du concept du R8. La qualité d’image évolue peu puisque le capteur plein format de 24,2 Mpx est déjà bien connu. Il continue cependant d’assurer l’essentiel avec une excellente restitution, une bonne dynamique, une montée en sensibilité convaincante et une lecture suffisamment rapide pour les rafales comme pour la vidéo.
C’est ailleurs que cette deuxième génération prend réellement l’avantage. La stabilisation cinq axes transforme les possibilités à main levée. Le joystick rend l’autofocus beaucoup plus naturel à piloter. Le suivi des sujets gagne encore en efficacité. Le buffer rend les 40 im/s réellement exploitables et la vidéo 4K 60p suréchantillonnée à partir de la 6K reste particulièrement séduisante pour un appareil aussi compact. Le boîtier est beaucoup plus abouti que son prédécesseur et surtout beaucoup moins frustrant pour un photographe qui souhaite progresser.
Tout n’est pas parfait. La petite batterie LP-E17 constitue toujours un véritable point faible, le viseur de 2,36 millions de points aurait mérité une évolution et le logement SD unique limite les usages professionnels les plus sensibles. L’absence d’obturateur totalement mécanique constitue également une contrainte à connaître. Mais pour le voyageur, le photographe amateur expérimenté ou l’utilisateur APS-C souhaitant passer au plein format sans transporter un système lourd, le R8 Mark II présente désormais très peu de lacunes majeures.





