Sigma 85mm f/1,2 DG Art : le nouveau roi du portrait ?
Après plusieurs mois d’attente, Sigma officialise enfin son 85 mm f/1,2 DG Art, une focale fixe ultra-lumineuse conçue pour les hybrides plein format en montures Sony E et L-Mount. Avec son ouverture record de f/1,2, son diaphragme à 13 lamelles, son double moteur autofocus et une formule optique pensée pour rester parfaitement exploitable dès la pleine ouverture, ce nouveau modèle entend devenir l’une des nouvelles références du portrait. Plus surprenant encore, Sigma est parvenu à maintenir son poids à seulement 905 g, une valeur particulièrement contenue pour un objectif de cette catégorie.
Le premier 85 mm f/1,2 de Sigma
Le Sigma 85mm f/1,2 DG Art marque une étape importante pour le constructeur japonais. Jusqu’à présent, Sigma s’était arrêté à f/1,4 avec ses 85 mm, dont l’excellent Sigma 85mm f/1,4 DG DN Art. La marque franchit désormais un nouveau cap avec son premier 85 mm ouvrant à f/1,2. Cette nouveauté vient également compléter une véritable trilogie d’objectifs Art ultra-lumineux pour hybrides plein format. Le 85 mm rejoint ainsi le Sigma 35mm f/1,2 DG II Art et le Sigma 50mm f/1,2 DG DN Art, permettant aux photographes de disposer d’une ouverture maximale de f/1,2 du grand-angle modéré jusqu’au petit téléobjectif.
Le choix d’un 85 mm n’est évidemment pas anodin. Cette focale est devenue l’une des grandes classiques du portrait. Elle offre suffisamment de recul pour restituer naturellement les proportions du visage, tout en comprimant légèrement les perspectives et en facilitant la séparation du sujet avec son environnement. Avec une ouverture f/1,2, cette capacité prend une tout autre dimension.

Un f/1,2 étonnamment raisonnable
Une ouverture f/1,2 impose généralement de lourds compromis en matière d’encombrement. Il suffit de regarder du côté du Canon RF 85 mm f/1,2 L USM ou du Nikon Z 85 mm f/1,2 S, dont le poids dépasse largement le kilogramme. Sigma a précisément travaillé sur ce point. Le nouveau 85mm f/1,2 DG Art mesure 87,2 mm de diamètre pour 119,7 mm de long en L-Mount et 121,7 mm en monture Sony E. Les deux versions affichent seulement 905 g sur la balance. Le filtre frontal conserve par ailleurs un diamètre raisonnable de 82 mm. Sigma revendique ainsi le titre de 85 mm f/1,2 autofocus pour hybride plein format le plus compact et le plus léger de sa catégorie.
Évidemment, 905 g ne font pas de cet objectif un poids plume. À titre de comparaison, le Sigma 85mm f/1,4 DG DN Art se contente de 630 g et d’une longueur d’environ 96 mm en monture Sony. Le nouveau f/1,2 reste donc nettement plus massif. Mais rapporté à son ouverture et au diamètre des lentilles nécessaires, le résultat est remarquable. Il reste ainsi étonnamment facile à transporter pour un objectif de cette luminosité. C’est un point important pour les portraitistes de mariage, d’événementiel ou de mode amenés à travailler plusieurs heures avec le matériel à la main.

Une construction digne de la gamme Art
Le Sigma 85mm f/1,2 DG Art reprend l’ergonomie désormais caractéristique des focales fixes haut de gamme de la marque. La large bague de mise au point est accompagnée d’une bague physique de diaphragme pouvant fonctionner avec ou sans crantage. Cette dernière peut également être verrouillée afin d’éviter toute modification accidentelle de l’ouverture.
Deux boutons AFL personnalisables sont disposés sur le fût afin de rester accessibles aussi bien lorsque l’appareil est utilisé horizontalement que verticalement. Un sélecteur AF/MF complète l’ensemble. Cette disposition se montre particulièrement pertinente sur un objectif essentiellement destiné au portrait, où le passage fréquent de l’orientation paysage au cadrage vertical est presque systématique.
La construction fait appel au TSC (Thermally Stable Composite), un matériau léger dont les propriétés de dilatation thermique sont proches de celles de l’aluminium. L’objectif bénéficie également d’une conception résistante à la poussière et aux éclaboussures, tandis que la lentille frontale reçoit un traitement hydrofuge et oléofuge facilitant son nettoyage.

Une formule optique très ambitieuse
Pour parvenir à concilier ouverture f/1,2, résolution élevée et poids contenu, Sigma utilise une formule de 17 lentilles réparties en 12 groupes. Elle comprend notamment deux éléments en verre SLD, ainsi que trois lentilles asphériques. Le constructeur exploite également des verres à dispersion anomale afin de réduire les aberrations chromatiques axiales, particulièrement difficiles à maîtriser avec les objectifs très lumineux.
Le défi est considérable. À f/1,2, la quantité de lumière passant par l’objectif augmente fortement, tout comme les risques d’aberration sphérique, de coma, de franges colorées et de perte de contraste. Un 85 mm de ce type n’a donc réellement d’intérêt que si sa pleine ouverture peut être utilisée sans arrière-pensée. C’est justement sur ce terrain que le nouveau Sigma semble particulièrement convaincant. Il offre en effet un très haut niveau de détail dès f/1,2. On relève notamment une excellente netteté au centre de l’image à pleine ouverture, accompagnée d’un contraste volontairement légèrement plus doux. Le résultat évite ainsi l’aspect parfois excessivement clinique de certaines optiques modernes tout en conservant une importante quantité de détails. Dès que l’on ferme légèrement le diaphragme, le contraste et la sensation de netteté progressent encore fortement.

Les bords et les angles se comportent également très bien. Cela signifie que le 85 mm ne se limite pas au portrait avec un visage placé au centre : il semble parfaitement capable d’exploiter les capteurs plein format les plus définis sur une grande partie du champ. Les essais en laboratoire vont dans le même sens, avec une excellente résolution générale et une très bonne maîtrise des aberrations chromatiques. Le Canon RF 85 mm f/1,2 L et le Nikon Z 85 mm f/1,2 S conserveraient un léger avantage de résolution à pleine ouverture dans certaines mesures, mais l’écart apparaît suffisamment faible pour être difficilement perceptible en conditions réelles.
Un bokeh particulièrement soigné
La seconde raison d’adopter un 85 mm f/1,2 est évidemment son rendu hors zone de netteté. Et sur ce point, Sigma semble avoir particulièrement soigné sa copie. L’association de la focale de 85 mm et de l’ouverture f/1,2 permet d’obtenir une profondeur de champ extrêmement réduite. À courte distance, le décor peut littéralement disparaître derrière le sujet. Le diaphragme circulaire compte pas moins de 13 lamelles, contre 11 sur de nombreux objectifs concurrents, afin de conserver un bokeh aussi circulaire que possible lorsque l’on ferme légèrement l’ouverture.
Les premiers clichés montrent des transitions très progressives entre la zone nette et l’arrière-plan. Les effets de bokeh restent propres, sans structures concentriques particulièrement visibles, tandis que le fond se transforme rapidement en grandes plages de couleurs douces. On peut cependant observer un léger effet en œil-de-chat vers la périphérie à très grande ouverture, caractéristique assez classique des objectifs aussi lumineux.

Des aberrations chromatiques et un flare très bien maîtrisés
Les aberrations chromatiques longitudinales sont généralement l’un des défauts les plus visibles des focales fixes très lumineuses. Elles prennent souvent la forme de franges magenta devant la zone de mise au point et verdâtres derrière celle-ci. Sur le nouveau Sigma, elles semblent remarquablement discrètes, avec uniquement de faibles traces dans les situations les plus exigeantes. Un léger vignettage reste naturellement perceptible à f/1,2. Sur un objectif de portrait, ce phénomène est cependant rarement pénalisant et peut même contribuer à concentrer le regard vers le sujet.
La résistance aux fortes sources lumineuses constitue un autre exercice délicat pour un objectif f/1,2 doté d’une imposante lentille frontale. Sigma affirme avoir optimisé sa formule à l’aide de simulations afin de limiter le flare et les images fantômes. À pleine ouverture, une forte source lumineuse placée dans le champ peut produire un léger voile qui réduit localement le contraste. En portrait à contre-jour, cet effet apporte parfois une atmosphère plus douce et presque argentique. En fermant le diaphragme, le voile disparaît rapidement et l’image retrouve davantage de contraste.

Double moteur autofocus
Photographier à f/1,2 impose une précision de mise au point redoutable. Sur un portrait rapproché, quelques millimètres peuvent suffire à déplacer la zone de netteté de l’œil vers les cils ou le nez. Sigma emploie pour cela deux moteurs linéaires HLA (High-response Linear Actuator) associés à un mécanisme de mise au point flottant. Cette architecture permet de déplacer rapidement les groupes optiques tout en conservant un fonctionnement silencieux. Sigma annonce ainsi un suivi efficace aussi bien en photo qu’en vidéo. La distance minimale de mise au point atteint 84 cm, pour un rapport maximal de reproduction de 1:8,9. Rien de véritablement macro donc, mais cette distance correspond parfaitement aux usages habituels d’un 85 mm destiné au portrait.
Sigma n’a pas limité son travail à la photographie. Le système flottant et la disposition des lentilles ont également été optimisés pour réduire le focus breathing, c’est-à-dire la variation de cadrage qui se produit lorsque l’on déplace la mise au point. Si on constate encore une légère variation,celle-ci apparaît suffisamment faible pour permettre des transitions de mise au point naturelles. Associée à la bague de diaphragme décrantable et à l’autofocus silencieux, cette caractéristique rend le 85mm f/1,2 DG Art particulièrement intéressant pour les interviews, les plans de détail et les productions vidéo recherchant une profondeur de champ extrêmement courte.

Prix et disponibilité du Sigma 85mm f/1,2 DG Art
Le nouvel objectif Sigma 85mm f/1,2 DG Art sera commercialisé à partir du 30 septembre 2026 au tarif de 1 499 € en montures Sony E et L-Mount, cette dernière assurant notamment sa compatibilité avec les appareils Sigma, Panasonic et Leica.
Avec ce nouveau modèle, le constructeur semble être parvenu à rendre l’ouverture de f/1,2 réellement exploitable, avec un excellent niveau de détail, des aberrations chromatiques très contenues et surtout un flou d’arrière-plan particulièrement doux. À cela s’ajoutent un autofocus rapide, une ergonomie complète et un poids remarquablement maîtrisé pour cette catégorie. Avec 905 g, il reste évidemment plus contraignant qu’un 85 mm f/1,4 moderne, mais il n’impose plus le gabarit démesuré traditionnellement associé aux objectifs f/1,2. S’il ne remplacera pas nécessairement le très rationnel 85mm f/1,4 DG DN Art, il séduira les portraitistes qui recherchent ce supplément de profondeur, de douceur et de séparation du sujet que seule une très grande ouverture peut apporter.





