Tout savoir pour photographier l’éclipse solaire du 12 août 2026
Le mercredi 12 août 2026, une éclipse solaire exceptionnelle sera visible dans une grande partie de l’Europe. À Paris, environ 92 % du disque solaire sera occulté au maximum, tandis que certaines régions de l’ouest de la France dépasseront les 95 %. Pour les photographes, l’événement promet d’être d’autant plus intéressant qu’il se déroulera en début de soirée, avec un Soleil très bas sur l’horizon. Mais photographier une éclipse solaire ne s’improvise pas. La très forte luminosité du Soleil impose l’utilisation d’un matériel adapté, tandis que la brièveté de certaines phases nécessite d’avoir parfaitement préparé ses réglages. Voici tout ce qu’il faut savoir pour photographier l’éclipse solaire du 12 août 2026 dans les meilleures conditions.
Où sera visible l’éclipse solaire du 12 août 2026 ?
L’éclipse totale du 12 août 2026 commencera dans les régions arctiques avant que l’ombre de la Lune traverse le Groenland, l’ouest de l’Islande et l’océan Atlantique. Elle atteindra ensuite la péninsule Ibérique, où la bande de totalité traversera l’Espagne d’ouest en est. Un petit secteur du nord-ouest du Portugal sera également concerné. Dans le reste de l’Europe occidentale, l’éclipse sera seulement partielle.
L’Espagne constitue donc l’une des destinations les plus intéressantes pour photographier le phénomène. La bande de totalité traverse notamment La Corogne, Oviedo, León, Bilbao, Burgos, Saragosse et Valence, avant d’atteindre les Baléares. L’Institut géographique national espagnol indique une durée maximale de totalité de 2 min 18 s à l’échelle de l’éclipse, mais elle sera généralement inférieure à deux minutes en Espagne. À La Corogne, par exemple, la totalité durera environ 76 secondes et à Burgos 104 secondes.
Cette éclipse présente cependant une particularité majeure pour les photographes : le Soleil sera extrêmement bas sur l’horizon au moment de la totalité. Il ne sera plus qu’à environ 12° de hauteur à La Corogne, 8° à Burgos et seulement 2° à Palma de Majorque. Un horizon parfaitement dégagé vers l’ouest sera donc indispensable.

Quelle éclipse verra-t-on depuis la France ?
Depuis la France métropolitaine, il n’y aura aucune totalité. L’IMCCE rappelle que, contrairement à ce qu’indiquent parfois certaines anciennes publications, la bande de totalité ne traverse pas la France mais passe plus au sud, en Espagne. Le spectacle restera néanmoins remarquable. À Paris, l’éclipse débutera vers 19 h 22, atteindra son maximum vers 20 h 17, avec environ 92 % du Soleil occulté, puis prendra fin vers 21 h 09.
Les horaires varient naturellement de quelques minutes en fonction de la localisation. Plus on se rapproche de la Bretagne et du sud-ouest, plus l’occultation devient importante. Au Ménez Bré, dans les Côtes-d’Armor, par exemple, environ 95,5 % du disque solaire sera masqué vers 20 h 18. Là encore, le Soleil sera déjà très bas sur l’horizon.

Sécurité : le filtre solaire est absolument indispensable
C’est le point le plus important de toute préparation. Il ne faut jamais pointer directement un appareil photo équipé d’un téléobjectif vers le Soleil sans filtre solaire spécialement conçu pour cet usage. Un téléobjectif concentre le rayonnement solaire sur une surface extrêmement réduite. Sans protection adaptée, cette énergie peut endommager le capteur, l’obturateur ou certains composants internes de l’appareil. Plus grave encore, regarder le Soleil à travers un viseur optique dépourvu de filtre peut provoquer des lésions irréversibles de la rétine. La NASA impose donc l’installation d’un filtre solaire spécialement conçu à cet effet devant l’objectif, et non derrière celui-ci. À ce titre, nous vous recommandons un filtre comme le K&F CONCEPT ND100000.

Pour observer directement le phénomène, il faut employer des lunettes spécialement conçues pour l’observation solaire et conformes à la norme ISO 12312-2. Des lunettes de soleil classiques restent totalement insuffisantes, même lorsque 99 % du disque solaire est masqué.
En France, ne retirez jamais le filtre
Cette règle mérite d’être soulignée : depuis la France, le filtre solaire doit rester installé pendant toute la durée de l’éclipse, puisque le Soleil ne sera jamais totalement occulté. Même lorsqu’il ne subsiste qu’un très fin croissant solaire, celui-ci reste suffisamment intense pour présenter un danger. La NASA rappelle que l’observation sans filtre n’est possible que durant la phase de totalité d’une véritable éclipse totale, lorsque la photosphère est entièrement masquée par la Lune.
En Espagne, à l’intérieur de la bande de totalité, le filtre pourra être retiré uniquement lorsque le Soleil sera entièrement masqué afin de photographier la couronne solaire. Il devra être replacé immédiatement avant le retour du premier fragment lumineux de photosphère. Pour un premier essai, mieux vaut privilégier une procédure prudente plutôt que de tenter de retirer le filtre trop tôt pour photographier l’anneau de diamant ou les grains de Baily.

Quel objectif utiliser ?
Le choix de la focale dépend essentiellement du type d’image recherché. Pour obtenir un gros plan du disque solaire, un téléobjectif d’au moins 300 ou 400 mm constitue un bon point de départ. Une focale comprise entre 500 et 800 mm offre généralement un excellent compromis : le Soleil devient suffisamment grand dans l’image pour révéler la progression de la Lune tout en conservant une certaine marge autour du disque.
À 500 mm, l’image du Soleil mesure environ 4,6 mm sur le capteur. Avec un capteur plein format de 36 mm de large, cela représente déjà environ 13 % de la largeur de l’image. Une focale de 800 mm augmente naturellement encore son importance dans le cadre. Un 150-600 mm, un 200-600 mm ou un 100-500 mm se révèle donc particulièrement adapté. Sur un appareil APS-C ou Micro 4/3, le champ plus étroit permettra d’obtenir un cadrage encore plus serré avec une focale physique plus modeste.

Il ne faut cependant pas nécessairement chercher le grossissement maximal. Avec le Soleil très bas du 12 août 2026, une focale de 70 à 200 mm peut produire des images beaucoup plus originales en associant le croissant solaire à un élément du paysage. Enfin, un grand-angle de 16 à 35 mm peut être employé pour photographier l’ambiance générale, notamment durant la totalité en Espagne, lorsque le paysage s’assombrira brutalement.

Le trépied est-il indispensable ?
Avec un téléobjectif de 400, 600 ou 800 mm, le trépied devient presque incontournable. Il facilite énormément le cadrage et permet de conserver une composition identique afin de réaliser ensuite une séquence montrant les différentes phases de l’éclipse. Il est préférable d’utiliser une tête offrant des mouvements fluides, car le Soleil se déplace rapidement dans le cadre à ces focales. À cause de la rotation terrestre, il parcourt approximativement son propre diamètre apparent en seulement deux minutes. À 600 ou 800 mm, il faudra donc régulièrement corriger le cadrage. Une télécommande, un déclencheur filaire ou le retardateur de l’appareil permet également d’éviter les vibrations.

Quels réglages utiliser pour photographier l’éclipse ?
Le mode manuel est fortement recommandé. Il permet de conserver une exposition cohérente entre les différentes images et d’éviter que la mesure de lumière ne soit perturbée par la quantité importante de ciel sombre entourant le Soleil.
Les valeurs suivantes constituent uniquement des réglages de départ. L’exposition exacte dépend directement de la densité du filtre solaire, de la transparence de l’atmosphère et de la hauteur du Soleil.
| Situation | ISO | Ouverture | Vitesse |
| Éclipse partielle avec filtre solaire | 100 à 400 ISO | f/8 à f/11 | env. 1/500 à 1/2000 s |
| Croissant solaire très fin avec filtre | 100 à 400 ISO | f/8 | adapter selon histogramme |
| Totalité en Espagne, sans filtre | 100 à 400 ISO | env. f/8 | bracketing d’environ 1/1000 s à 1 s |
| Paysage avec éclipse | selon lumière ambiante | selon profondeur de champ | privilégier bracketing |
L’idéal reste toutefois de photographier le Soleil avec votre filtre avant le 12 août. Vous pourrez ainsi déterminer précisément l’exposition nécessaire et enregistrer éventuellement ces réglages dans un mode personnalisé de votre appareil.
Travaillez en RAW et surveillez l’histogramme
Le format RAW constitue le meilleur choix pour ce type de prise de vue. Il permet de récupérer davantage de nuances dans les zones lumineuses et facilite l’ajustement de la balance des blancs après la prise de vue. Nikon recommande également le RAW pour maximiser la latitude de traitement lors d’une éclipse.
L’histogramme est surtout précieux pour contrôler les hautes lumières. Le disque solaire ne doit pas être complètement saturé sous peine de perdre les détails susceptibles d’être visibles à sa surface ainsi que la netteté du contour lunaire. Un léger bracketing de ±1 IL peut être judicieux, particulièrement en fin de journée lorsque de la brume, de fins nuages ou des poussières atmosphériques peuvent rapidement faire évoluer la luminosité.

Comment réussir la mise au point ?
L’autofocus peut parvenir à accrocher le contour du Soleil, mais la mise au point manuelle offre généralement davantage de reproductibilité. Avec un hybride, activez l’affichage agrandi sur l’écran ou dans le viseur électronique, puis effectuez la mise au point sur le bord du disque solaire ou sur une éventuelle tache solaire visible à travers le filtre. Le focus peaking peut également faciliter l’opération. Une fois la netteté obtenue, passez en mise au point manuelle afin d’empêcher l’appareil de refaire inutilement le point entre chaque image. Sur certains objectifs, un petit morceau d’adhésif peut également éviter tout déplacement accidentel de la bague.

Anticiper la position du Soleil
Pour cette éclipse particulière, la préparation du lieu compte presque autant que les réglages photo. En Espagne, le Soleil sera situé entre seulement quelques degrés et une douzaine de degrés au-dessus de l’horizon pendant la totalité. À Palma, il ne culminera ainsi qu’à environ 2° au moment du maximum. Un arbre, une colline ou un immeuble situé même assez loin peut donc suffire à masquer entièrement le phénomène.
Depuis la France, la situation sera également très favorable aux compositions avec le paysage puisque l’éclipse atteindra son maximum peu avant le coucher du Soleil. Il est donc vivement recommandé de repérer son emplacement plusieurs jours à l’avance et de vérifier que l’horizon ouest est parfaitement visible. Un bord de mer, une falaise, une grande plaine ou un point de vue élevé seront particulièrement intéressants.
Profiter du Soleil bas pour créer une véritable composition
Un gros plan de l’éclipse constitue un souvenir spectaculaire, mais il ressemble inévitablement à de nombreuses autres photographies réalisées le même jour. La configuration du 12 août permet d’aller beaucoup plus loin. Avec un téléobjectif de 100 à 400 mm, vous pourrez utiliser la compression des perspectives pour faire apparaître le Soleil éclipsé derrière un monument, une montagne ou une personne.
Plus la focale est importante, plus il faut s’éloigner du sujet pour obtenir cette impression de Soleil gigantesque. Cette préparation doit idéalement être réalisée en amont en calculant précisément l’azimut et la hauteur du Soleil à l’heure du maximum. Le phénomène sera particulièrement photogénique depuis les côtes atlantiques et les régions offrant un horizon occidental dégagé. Une légère brume peut même apporter des couleurs orangées spectaculaires, à condition qu’elle ne soit pas suffisamment dense pour masquer le Soleil.

Réaliser une séquence de toute l’éclipse
Une autre technique consiste à photographier régulièrement le Soleil afin de créer ensuite une image composite montrant la progression de la Lune. Une photographie toutes les trois à cinq minutes offre généralement un bon compromis. En conservant exactement le même cadrage, la même focale et autant que possible la même exposition, vous pourrez assembler les différentes phases sur une seule image.
Pour une séquence intégrée à un paysage, il faut en revanche anticiper le déplacement du Soleil dans le cadre. Un grand-angle ou un petit téléobjectif permet d’inclure toute sa trajectoire. Une photo du paysage correctement exposée peut être réalisée séparément, avant ou après l’éclipse, puis utilisée comme base lors du montage.

Peut-on photographier l’éclipse avec un smartphone ?
Oui, mais un smartphone sera surtout intéressant pour capturer l’ambiance générale plutôt qu’un gros plan détaillé. Le Soleil restera minuscule avec l’objectif principal d’un téléphone. Mieux vaut donc intégrer le paysage, les observateurs et les variations inhabituelles de luminosité.
Les mêmes règles de sécurité s’appliquent néanmoins. Durant les phases partielles, un smartphone pointé directement vers le Soleil doit également être protégé par un filtre solaire adapté comme le Safe Easy Cam Filter placé devant son module photo. Il ne faut surtout pas observer le Soleil au moyen d’un téléobjectif additionnel non filtré. Dans la zone de totalité, le filtre pourra être retiré uniquement pendant la totalité complète. Un smartphone moderne peut alors obtenir des images très intéressantes du paysage assombri, particulièrement avec le Soleil éclipsé à proximité de l’horizon.
Préparez tout avant le 12 août
L’éclipse solaire du 12 août 2026 ne laissera que très peu de place à l’improvisation. En France, le phénomène se produira alors que le Soleil descend rapidement vers l’horizon. En Espagne, la totalité ne durera généralement qu’une à deux minutes et surviendra également à très faible hauteur.
Le meilleur entraînement consiste donc à reproduire exactement votre installation quelques jours auparavant à une heure proche de celle de l’éclipse. Montez le téléobjectif, installez le filtre, réglez le trépied, réalisez la mise au point et déterminez votre exposition sur le Soleil. Vous saurez ainsi immédiatement quoi faire lorsque la Lune commencera à recouvrir notre étoile.
Enfin, surveillez attentivement la météo durant les dernières heures précédant. Avec une éclipse qui se déroule au ras de l’horizon, quelques nuages à l’ouest suffiront malheureusement à cacher les phases les plus spectaculaires. Le 12 août 2026 offrira néanmoins une occasion photographique exceptionnelle. Entre le puissant croissant solaire visible depuis la France, la totalité accessible à quelques centaines de kilomètres en Espagne et la lumière du coucher de Soleil, toutes les conditions seront réunies pour créer des images bien différentes des habituels gros plans astronomiques.





