Underwater Photographer of the Year 2026 : les plus belles images du monde sous-marin
Depuis 1965, le concours britannique Underwater Photographer of the Year distingue ce que la photographie sous-marine produit de plus abouti. En 2026, près de 8 000 images venues des quatre coins du monde ont été examinées. Et une fois encore, le palmarès dépasse la simple performance esthétique : il raconte, il alerte, il émerveille.
Premier prix : Matty Smith

Après quelques semaines, une fois le sevrage achevé, les jeunes éléphants de mer sont laissés sur le rivage, contraints de faire face seuls à leurs premiers défis. Sur Sea Lion Island, aux îles Malouines, j’ai vu des dizaines de ces juvéniles évoluer dans de petites cuvettes rocheuses, se bousculant et se hissant les uns sur les autres, tentant d’apprivoiser l’eau avec une maladresse attendrissante, tout en manifestant une réelle curiosité à mon égard.
C’est pour observer ces tout premiers instants d’autonomie que j’avais fait le déplacement. Dès le soir de mon arrivée, le ciel s’est embrasé dans une lumière spectaculaire. J’ai rapidement enfilé ma combinaison étanche et me suis glissé à l’eau, déclenchant quelques images avant que les couleurs ne s’éteignent. Ce fut le moment charnière du séjour — et je n’ai aucun regret d’avoir saisi cette opportunité sans attendre.
Gagnant catégorie grand angle : Cecile Gabillon Barats

En tant que guide et photographe en Dominique, il m’a été donné de vivre une rencontre d’une rare intensité avec un jeune cachalot particulièrement curieux. Nous nous sommes mis à l’eau à bonne distance, dans le respect de la mère et de son petit, observant cette dernière se préparer à une plongée de chasse, laissant son baleineau en surface.
À peine immergés, le jeune s’est retourné vers nous avant de venir à notre rencontre. Il s’est approché très près, la mâchoire grande ouverte, dévoilant ses dents en formation, puis s’est roulé sur le dos avec une espièglerie presque enfantine. Tout dans son attitude trahissait l’envie d’interagir. Nous distinguions nettement un fragment de calmar coincé dans sa bouche, ainsi que les premières cicatrices déjà inscrites sur sa peau — marques discrètes d’une vie océanique qui ne fait que commencer.
Au fil des années, j’ai photographié des cachalots à d’innombrables reprises, que ce soit pour des documentaires ou un long métrage. Pourtant, cette rencontre-là demeure unique. Avec le recul, il est difficile de ne pas imaginer qu’il nous adressait un sourire… peut-être même l’ébauche d’un clin d’œil malicieux.
Gagnant catégorie macro : SeongCheol Cho

En plongée à Tulamben, accompagné de mon guide Jaye, je suis tombé sur une crevette commensale délicatement installée au creux d’un corail fouet aux spirales parfaitement dessinées, une scène que j’espérais observer depuis longtemps. Le vert profond et presque hypnotique du corail formait un écrin spectaculaire pour la crevette aux teintes vives, immobile au centre de cette architecture naturelle.
En jouant sur le contraste entre les nuances rouges et bleues projetées sur ce vert intense, j’ai cherché à provoquer une sensation de beauté presque électrique, une légère turbulence visuelle, tout en conservant la sérénité du sujet. La crevette, figée au cœur de la composition, devenait ainsi l’ancrage d’une image à la fois dynamique et contemplative.
Cette plongée était une première à bien des égards : nouveau site, nouveau guide, expérimentation en lumière continue. Mais la rencontre avec un sujet que je rêvais de photographier, et le fait de parvenir à le saisir comme je l’imaginais, ont fait de ce moment un souvenir particulièrement marquant.
Gagnant catégorie épaves : Niclas Andersson

Le Nagato, emblématique cuirassé de la marine impériale japonaise, est resté dans l’histoire comme le navire depuis lequel l’amiral Isoroku Yamamoto aurait donné l’ordre d’attaquer Pearl Harbor. Saisi par les États-Unis à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, il fut ensuite conduit jusqu’à l’atoll de Bikini pour servir de cible lors de l’opération Crossroads, série des tout premiers essais nucléaires.
Aujourd’hui, l’épave repose renversée à environ 52 mètres de profondeur. Une plongée technique, exigeante, mais d’une richesse exceptionnelle. Dès la descente, apparaissent les quatre imposantes hélices, suspendues dans le bleu. Plus loin, les deux canons de poupe, plus impressionnants encore lorsqu’on les aborde par bâbord, figurent parmi les éléments les plus spectaculaires du site.
L’image a été réalisée avec une équipe de quatre plongeurs, dans une mise en scène soigneusement préparée pour garantir la sécurité et préserver la visibilité. À cette profondeur, le moindre mouvement peut remettre en suspension des sédiments et troubler une eau déjà chargée en particules. Chaque positionnement, chaque déplacement, a donc été pensé avec précision pour capter toute la puissance du lieu sans en altérer l’atmosphère.
Gagnant catégorie comportement : Kazushige Horiguchi

Cette photo capture l’instant fragile de l’éclosion d’œufs de poisson-clown dans la préfecture de Kagoshima, au Japon. En fin d’après-midi, mon ami Koji Matsuda m’a prévenu que la naissance était imminente. Déjà, les parents montaient la garde, surveillant sans relâche les alentours pour éloigner d’éventuels prédateurs.
J’ai pu assister à la seconde précise où les larves ont quitté leur enveloppe. Pour isoler la scène, j’ai utilisé un snoot afin de canaliser la lumière avec une extrême précision, n’éclairant que les adultes et les larves naissantes, détachés sur un fond volontairement sombre.
Cela fait plus de trois ans que je photographie des poissons-clowns, et ce jour-là j’ai déclenché à de très nombreuses reprises. Pourtant, une seule image s’est imposée comme l’évidence, celle où tout s’aligne, la lumière, le mouvement et la vie qui surgit.
Gagnant catégorie récifs coralliens : Dr. Tom Shlesinger

Les coraux sont des animaux, et voici comment ils se reproduisent. Dévoiler le monde caché de la reproduction corallienne révèle l’un des spectacles les plus extraordinaires de l’océan. Tel un mécanisme d’horlogerie, des milliers de coraux, sur des centaines de kilomètres, se synchronisent pour libérer des amas d’œufs et de spermatozoïdes en pleine mer. Capturer cet événement fugace est un véritable défi : il ne se produit qu’une fois par an, lors d’une nuit précise d’un mois particulier, pendant quelques minutes seulement. L’utilisation d’une vitesse d’obturation lente, au moment où les vagues se brisent et emportent les amas flottants vers le haut, transforme la scène en une pluie d’étoiles filantes sous-marine et colorée. Cette image fait partie d’un projet de documentaire scientifique en cours, explorant la vie nocturne foisonnante et les rituels de reproduction des coraux du nord de la mer Rouge, un projet nourri par plus de 300 nuits passées sous l’eau pendant la saison de ponte.
Gagnant catégorie noir et blanc : Shunsuke Nakano

La lumière s’engouffre dans l’épave par une ouverture carrée, vestige d’un autre temps désormais conquis par le vivant. En optant pour le noir et blanc, j’ai souhaité opposer la rigueur des lignes droites façonnées par l’homme à la délicatesse organique des formes naturelles. Les gorgones s’y déploient comme un souffle suspendu, transformant la rouille en une sorte de sculpture vivante.
Au cœur de cette scène presque figée, une labre solitaire traverse le cadre et apporte une subtile pulsation. Au large de l’île de Sado, le passé ne disparaît pas : il se transforme. Cette fenêtre ne s’ouvre plus sur le monde extérieur ; elle devient un seuil vers l’intérieur, un cadre qui raconte la lente reconquête du métal par la nature.
Gagnant catégorie jeunes talents : Sam Blount

Pendant longtemps, le phoque léopard a occupé la première place de ma liste de rencontres rêvées en Antarctique. Un prédateur mythique, que j’espérais approcher un jour dans son élément. Cette plongée a dépassé toutes mes attentes : une visibilité exceptionnelle, une lumière limpide et, surtout, un individu joueur.
Le phoque léopard est capable d’une palette impressionnante de comportements dominants, et celui-ci semblait décidé à me les démontrer un à un. Il tournoyait autour de moi avec une aisance fascinante, alternant curiosité et démonstrations de puissance. Voir sa large mâchoire, hérissée de dents effilées, fondre droit sur moi procure une montée d’adrénaline difficile à oublier, un mélange de crainte instinctive et d’émerveillement pur.
Gagnant catégorie appareils compacts : Andrea Michelutti

Après des années à imaginer cette image, j’ai enfin plongé dans un lac alpin glacé, près de chez moi, dans le nord-est de l’Italie. Alimenté par une source, ce plan d’eau aux reflets bleu profond est un véritable écrin niché au cœur des montagnes. Sa faible teneur en nutriments favorise la présence d’algues vertes, tandis que la température constante (autour de 9 à 11 °C) garantit une limpidité et une couleur d’une pureté remarquable.
La vie y est discrète. Pourtant, parmi les herbiers aquatiques, j’ai repéré une écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes). Intrépide, elle s’est approchée jusqu’à frôler mon dôme encore perlé d’eau. Coincé par la faible hauteur du caisson, incapable d’utiliser l’écran arrière, j’ai dû cadrer à l’aveugle, tenant l’appareil d’une main et un flash de l’autre.
J’ai volontairement éteint le second flash pour ne conserver qu’une seule source, positionnée au-dessus du dôme afin d’imiter une lumière zénithale naturelle. Depuis longtemps, j’avais en tête cette composition jouant sur la transition entre la végétation verdoyante du premier plan et le bleu abyssal en arrière-plan, avec les sommets alpins subtilement révélés dans la fenêtre de Snell. Une image mûrie pendant des années et enfin concrétisée.
Gagnant catégorie smartphone : Jack Ho

Alors que j’explorais un fond sableux à environ 15 mètres de profondeur, dans le détroit de Lembeh en Indonésie, mon regard a fini par distinguer la silhouette presque invisible d’un poisson-grenouille. Parfaitement camouflé, il patientait immobile, prêt à happer la moindre proie imprudente.
Je me suis installé face à lui et j’ai attendu, sans bouger, près d’un quart d’heure. Pour isoler le sujet sur ce décor uniformément sablonneux et garantir une netteté optimale, j’ai dirigé une lampe macro vers sa tête, prêt à déclencher au moindre signe. Lorsque sa gigantesque mâchoire s’est brusquement ouverte, j’ai déclenché. Avec un peu de chance et beaucoup de patience, l’instant décisif était là.
L’édition 2026 de l’Underwater Photographer of the Year rappelle avec force que le monde subaquatique demeure l’un des derniers grands territoires d’émerveillement photographique. Pour découvrir l’ensemble des lauréats et finalistes de cette édition 2026, leurs images et leurs récits détaillés, rendez-vous sur le site officiel du concours : underwaterphotographeroftheyear.com.





