Comment photographier un portrait au coucher du soleil ?
Le coucher du soleil est l’un des moments les plus magiques de la journée pour réaliser des portraits. La lumière se fait plus douce, les ombres s’allongent, et les couleurs chaudes enveloppent le sujet dans une atmosphère presque cinématographique. Pourtant, prendre en photo un portrait au coucher du soleil demande plus qu’un simple déclenchement instinctif. Entre le choix du lieu, la gestion de la lumière, la pose du modèle et les réglages techniques, chaque élément compte pour transformer ce moment fugace en image mémorable.
Comprendre la lumière du coucher de soleil
Le secret d’un beau portrait au coucher du soleil réside dans la qualité de la lumière. On parle souvent de « golden hour » pour désigner cette courte période où le soleil rase l’horizon et diffuse une lumière dorée et chaude. Cette lumière est moins dure que celle de midi, car elle traverse une plus grande épaisseur d’atmosphère, ce qui filtre les rayons UV et réduit les contrastes violents. Les couleurs tendent vers des teintes orangées et rosées, qui flattent la peau et donnent de la profondeur aux paysages.
Il est important de comprendre que cette lumière évolue très vite. En une dizaine de minutes, elle passe d’un doré intense à des nuances plus douces, avant de disparaître dans le bleu crépusculaire. Pour un portraitiste, cela signifie qu’il faut anticiper. La préparation en amont est essentielle : repérer le lieu, imaginer la position du soleil par rapport au sujet, et prévoir les angles de prise de vue afin de ne pas perdre de précieuses secondes lorsque la lumière est à son apogée.

Choisir le bon décor pour mettre en valeur le sujet
Un coucher de soleil est un spectacle en soi, mais pour un portrait, il doit rester au service du sujet. Le décor doit donc être choisi avec soin, en fonction de la composition et de l’histoire que vous souhaitez raconter. Une plage, un champ, un sommet de colline ou même un toit-terrasse en ville peuvent devenir des toiles de fond idéales, à condition de ne pas distraire l’attention du visage.
Les éléments du décor doivent guider le regard vers le sujet. Par exemple, des lignes naturelles comme un chemin, un alignement d’arbres ou une jetée peuvent diriger l’attention. De même, un arrière-plan dégagé permet d’isoler le modèle et de mieux profiter du dégradé de couleurs du ciel. Pour un effet plus intime, on peut placer le sujet dans un environnement partiellement ombragé, laissant la lumière dorée caresser son visage. Il faut également penser à la couleur du décor. Les tons neutres ou chauds s’harmonisent naturellement avec les teintes orangées du soleil couchant. À l’inverse, des éléments trop saturés ou fluorescents peuvent jurer avec l’ambiance.

Orienter le modèle : face au soleil, de dos ou en contre-jour
La direction de la lumière est déterminante dans un portrait. Au coucher du soleil, plusieurs options s’offrent à vous. Face au soleil, le visage est baigné d’une lumière douce et uniforme, idéale pour un rendu naturel. Les ombres sont atténuées et les yeux captent des reflets chaleureux. Cette orientation met particulièrement en valeur les textures de la peau et les détails des cheveux.
En tournant légèrement le sujet, on obtient un éclairage latéral qui sculpte les volumes du visage, créant davantage de relief. Cela peut apporter une touche dramatique, surtout si l’on joue avec la profondeur des ombres. Enfin, le contre-jour est une approche très appréciée pour son aspect artistique. Le soleil derrière le modèle crée un halo lumineux autour de sa silhouette, mettant en valeur les contours et parfois transformant les mèches de cheveux en fils d’or. Dans ce cas, il faut gérer l’exposition avec précision pour ne pas sous-exposer le sujet ou brûler le ciel. L’utilisation d’un réflecteur ou d’un flash d’appoint peut aider à équilibrer les zones d’ombre.
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Adapter les réglages à la lumière déclinante
Photographier au coucher du soleil implique de composer avec une luminosité qui diminue rapidement. Pour un portrait net et bien exposé, il faut ajuster les paramètres de prise de vue en conséquence. L’ouverture joue un rôle clé. Une grande ouverture (f/1,8, f/2,8) permet de capter plus de lumière et d’obtenir un arrière-plan flou qui détache le sujet. Cependant, si vous souhaitez inclure le décor et ses couleurs, une ouverture plus fermée (f/4 à f/5,6) peut être préférable pour augmenter la profondeur de champ.

La vitesse d’obturation doit rester suffisante pour éviter le flou de bougé, surtout si vous travaillez à main levée. Entre 1/125 et 1/250s est un bon point de départ, mais cela dépend de la focale utilisée et de la stabilité de votre matériel. La sensibilité ISO est souvent le paramètre que l’on ajuste en dernier. En début de golden hour, il est possible de rester à 100 ou 200 ISO, mais à mesure que le soleil baisse, monter à 800 voire 1600 ISO permet de conserver une vitesse confortable sans trop de bruit numérique, surtout avec les capteurs modernes. Enfin, l’utilisation de la mesure spot ou pondérée centrale est souvent judicieuse pour exposer correctement le visage, plutôt que de se fier à la lumière globale de la scène, qui peut tromper la cellule en présence d’un ciel très lumineux, notamment pour les images à contre-jour.

Jouer avec le bokeh et le flare
Les portraits au coucher du soleil se prêtent merveilleusement bien à l’utilisation créative du bokeh et des flares. En plaçant le sujet devant une zone de lumière ponctuelle comme le soleil filtrant à travers des feuilles ou se reflétant sur l’eau, on peut utiliser une grande ouverture pour renforcer le bokeh et créer des ronds lumineux doux et esthétiques à l’arrière-plan.

Le flare se traduit par des traits ou halos lumineux provoqués par la lumière entrant directement dans l’objectif. Habituellement évités, ces effets peuvent ici ajouter une dimension artistique à l’image. Bien dosés, ils évoquent la chaleur et reflètent l’ambiance lumineuse de la scène. Pour les créer, il faudra souvent placer le soleil dans les bords du cadre et utiliser un objectif sujet à ces phénomènes. Si les objectifs modernes sont traités et optimisés pour limiter l’apparition de flare, vous pouvez retirer le pare-soleil et incliner légèrement l’objectif pour créer des conditions plus propices à la création de ces effets. Toutefois, il faut veiller à ce qu’ils ne masquent pas des parties importantes du visage. Le choix de l’optique joue un rôle dans ce rendu. Les objectifs fixes lumineux, comme un 50 mm f/1,4 ou un 85 mm f/1,8, offrent souvent un bokeh plus crémeux et des flares plus doux que les zooms.
Gérer la dynamique : HDR, fill-in et ombres
Au coucher du soleil, la différence de luminosité entre le ciel et le visage peut être importante. Si vous exposez pour le ciel, le visage risque d’être sombre. Si vous exposez pour le visage, le ciel peut être surexposé. Pour contourner ce problème, plusieurs techniques existent.
Le fill-in, ou éclairage d’appoint, consiste à éclairer légèrement le sujet avec un flash ou un réflecteur. Le but n’est pas de neutraliser la lumière naturelle, mais de réduire le contraste excessif. Un réflecteur doré est particulièrement efficace pour restituer la chaleur du coucher de soleil sur la peau et obtenir un rendu plus homogène avec le reste de la scène. Enfin, pour des scènes fixes, il est possible de recourir au bracketing d’exposition ou au HDR, en combinant plusieurs prises de vue exposées différemment pour équilibrer la luminosité globale. Cependant, cette technique est plus délicate avec un modèle qui bouge.

Jouer avec les couleurs et la balance des blancs
La lumière du coucher de soleil n’est pas seulement plus douce, elle est aussi plus chaude. Les appareils photo modernes peuvent ajuster automatiquement la balance des blancs, mais pour préserver l’ambiance, il est souvent préférable de la régler manuellement. Une balance sur « lumière du jour » ou « nuageux » permet de conserver les teintes dorées, tandis qu’une correction trop froide risque de neutraliser la chaleur naturelle. La post-production peut ensuite sublimer ces couleurs. En augmentant légèrement la saturation et la vibrance, on renforce l’impact visuel sans tomber dans l’excès. Un ajustement subtil des tons chauds dans les hautes lumières peut aussi donner plus de cohérence à l’image. Pour ce faire, privilégiez l’usage du format RAW lors du déclenchement afin de profiter d’une plage de manoeuvre plus importante en post-traitement.

Savoir prolonger la séance dans l’heure bleue
Si la golden hour est magique, la lumière après le coucher du soleil, pendant l’heure bleue, offre aussi des opportunités intéressantes. Les couleurs se refroidissent, le ciel prend des teintes bleu profond ou violacé, et les lumières artificielles commencent à se mêler aux dernières lueurs du jour. Pour un portraitiste, c’est l’occasion de passer à un style plus doux et intimiste, avec des contrastes moindres.
À ce moment, il faut généralement augmenter les ISO et ouvrir davantage le diaphragme. Les reflets dans l’eau ou les silhouettes urbaines éclairées peuvent enrichir la composition. C’est aussi un moment propice pour intégrer des sources lumineuses créatives, comme des guirlandes LED ou des bougies, qui dialoguent avec la lumière naturelle résiduelle.

Conclusion : capturer l’âme d’un moment fugace
Photographier un portrait au coucher du soleil, c’est travailler avec une lumière vivante, en constante évolution. C’est une course contre le temps, mais aussi une invitation à ralentir et à contempler. Les teintes dorées, la douceur des ombres et l’intimité de la scène en font un terrain de jeu unique pour le photographe.
En maîtrisant la lumière, en préparant soigneusement la scène et en maintenant une connexion avec le modèle, on peut transcender la simple photo pour raconter une histoire. Car au fond, ce qui fait la force d’un portrait au coucher du soleil, ce n’est pas seulement la beauté des couleurs, mais la sensation d’avoir figé un instant de grâce, juste avant que la nuit ne recouvre le monde.





