Matériel photo

Cartes mémoire : vaut-il mieux une grosse capacité ou plusieurs petites ?

Au-delà du choix du format (SD, CFexpress, XQD, microSD, etc.) ou de la vitesse d’écriture, une question récurrente divise les photographes et vidéastes : vaut-il mieux investir dans une carte mémoire de très grande capacité ou privilégier plusieurs cartes plus petites ? La réponse n’est pas universelle. Comme souvent en matière de matériel, elle dépend des usages, des contraintes et du rapport au risque de chacun.

L’évolution des cartes mémoire

Au tournant des années 2000, les photographes se contentaient de cartes mémoire de quelques dizaines de mégaoctets. Les premiers reflex numériques se satisfaisaient d’une carte de 64 ou 128 Mo, suffisante pour stocker une centaine de photos en JPEG. Vingt ans plus tard, le paysage a radicalement changé. L’essor du RAW, la multiplication des pixels, l’apparition de la 4K et désormais de la 8K en vidéo ont fait exploser les besoins en espace de stockage. Aujourd’hui, une carte mémoire de 64 Go est considérée comme une capacité de base, quand les modèles de 256 Go, 512 Go et même 1 To deviennent monnaie courante. Cette abondance a ouvert de nouvelles possibilités mais aussi de nouveaux dilemmes. Faut-il miser sur la tranquillité qu’offre une seule carte géante, ou sur la sécurité d’un jeu de cartes plus petites, utilisées tour à tour ?

Des cartes de quelques mégaoctets aux modèles de plusieurs téraoctets, la révolution numérique a transformé les besoins en stockage.

Les atouts des cartes de grande capacité en vidéo

La vidéo est probablement le domaine où les cartes mémoire de forte capacité s’imposent le plus naturellement. Tourner en 4K à haut débit, et a fortiori en 8K, génère des fichiers gigantesques. Une minute de rush en 8K RAW peut occuper plusieurs dizaines de gigaoctets. Dans ce contexte, une carte de 32 ou 64 Go se remplit en un rien de temps, obligeant à interrompre régulièrement l’enregistrement pour remplacer le support. Or, chaque interruption peut briser la fluidité du tournage. Pour une interview en plan-séquence, une captation de spectacle ou un événement en direct, perdre quelques secondes à changer de carte peut s’avérer catastrophique. C’est pourquoi les vidéastes privilégient généralement des cartes de 256 Go, 512 Go, voire 1 To, capables de stocker plusieurs heures de tournage continu. Ces volumes permettent de réduire les manipulations, de limiter les risques d’erreur (comme mélanger des cartes ou mal insérer la nouvelle), et d’optimiser la logistique d’un tournage.

En 4K ou 8K, les cartes de forte capacité deviennent indispensables pour filmer sans interruption.

En photo : la prudence des capacités modérées

Le raisonnement change lorsqu’on bascule dans le domaine photographique. Même si les fichiers RAW de 50 ou 100 mégapixels peuvent atteindre 100 Mo pièce, une carte de 64 ou 128 Go suffit largement pour une journée de prise de vue intensive. C’est dans ce cas que les cartes de capacité moyenne prennent tout leur sens.

Le principal argument est sécuritaire. En multipliant les cartes, on évite de mettre tous ses œufs dans le même panier. Si une carte de 512 Go contenant l’intégralité d’un reportage se corrompt ou se perd, c’est potentiellement plusieurs jours de travail réduits à néant. Avec quatre cartes de 128 Go, une éventuelle défaillance limite la perte à une portion du travail.

Cette logique explique pourquoi de nombreux photographes professionnels, notamment dans les domaines du mariage, du reportage ou de la photo animalière, préfèrent répartir leurs images sur plusieurs supports. Le risque zéro n’existe pas, même avec des cartes mémoire haut de gamme réputées fiables. Les pertes de données, bien que rares, peuvent avoir des conséquences dramatiques, surtout lorsque les clichés sont uniques et impossibles à reproduire.

Répartir ses images sur plusieurs cartes reste la meilleure assurance contre la perte totale de données.

La redondance offerte par les doubles logements

Un autre paramètre vient nuancer le débat : la présence ou non d’un double logement de carte sur l’appareil photo. De plus en plus de boîtiers experts et professionnels offrent deux emplacements, permettant soit de doubler automatiquement chaque prise de vue, soit de basculer d’une carte à l’autre en continu.

Dans le premier cas, on privilégie souvent des cartes de capacité élevée, utilisées en miroir pour sécuriser chaque cliché. Dans le second, des cartes de capacité moyenne permettent d’éviter les changements trop fréquents tout en répartissant la charge sur deux supports.

Cette flexibilité illustre bien que la question n’est pas seulement « une grosse carte ou plusieurs petites », mais plutôt « comment organiser son flux de travail selon le matériel et les contraintes de terrain ».

Les boîtiers à deux emplacements de carte renforcent la sécurité et offrent une souplesse d’organisation.

La question des performances et de la vitesse

La capacité ne fait pas tout. Les vidéastes comme les photographes doivent également prendre en compte les vitesses d’écriture et de lecture. Une carte de 1 To n’a aucun intérêt si elle est trop lente pour enregistrer un flux 8K RAW ou une rafale de 20 images par seconde.

Or, il est parfois plus économique et plus pratique d’investir dans plusieurs cartes de capacité moyenne mais très rapides, plutôt que dans une seule carte géante dont le prix explose. La gamme des cartes CFexpress illustre bien cette logique : les versions 128 ou 256 Go affichent souvent le meilleur rapport performance/prix, tandis que les 512 Go et 1 To restent très onéreuses.

La capacité n’a de sens que si la carte suit le rythme des flux vidéo et des rafales en photo.

Les contraintes logistiques

Derrière la technique, il y a aussi la psychologie du photographe. Certains se sentent rassurés en ayant une seule carte, qu’ils savent retrouver facilement dans leur boîtier, sans avoir à jongler avec des pochettes ou des étuis. D’autres préfèrent disposer de plusieurs cartes pour fragmenter le risque et garder une organisation claire : une carte par journée, par lieu ou par client. La logistique joue également un rôle. Transporter une carte unique de 1 To prend moins de place qu’un étui de dix cartes de 128 Go. Mais inversement, trier et sauvegarder des blocs de 128 Go est plus digeste que de devoir décharger d’un coup 800 Go d’images en fin de projet.

Entre simplicité d’une carte unique et organisation de plusieurs supports, chacun adopte son propre équilibre.

Le facteur coût

Le prix des cartes mémoire varie fortement selon leur capacité, leur technologie et leur marque. Contrairement à l’intuition, les cartes de grande capacité ne sont pas toujours les plus avantageuses. Le coût au gigaoctet peut parfois être plus élevé que sur des modèles intermédiaires. Il est donc nécessaire d’arbitrer entre le budget disponible et le nombre de cartes nécessaires pour couvrir vos besoins. Certains choisissent d’investir dans une grosse carte haut de gamme pour les moments critiques, complétée par des cartes plus petites pour le quotidien. Cette approche hybride permet de concilier sécurité, performance et rationalité économique. 

Conclusion

La tentation des cartes de très grande capacité est forte, surtout dans un monde où la vidéo 8K et les capteurs de 100 mégapixels deviennent accessibles. Mais le photographe ou le vidéaste averti sait que chaque avantage a son revers. La tranquillité d’une carte unique s’accompagne du risque de tout perdre en cas de défaillance, tandis que la prudence des petites cartes impose une gestion plus rigoureuse sur le terrain.

La vraie question n’est donc pas « quelle est la meilleure solution ? », mais « quelle est la solution la plus adaptée à ma pratique ? ». C’est en répondant à cette interrogation que chacun pourra trouver l’équilibre entre sérénité, sécurité et efficacité.

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