Sony A7 V : l’art de progresser sans tout bousculer
Quatre années ont passé depuis l’A7 IV, un modèle qui avait su s’imposer comme la référence incontournable du plein format polyvalent. Entre-temps, la concurrence s’est renforcée, les usages ont évolué, les frontières entre photo et vidéo se sont encore davantage effacées. Canon a mis la pression sur l’autofocus, Nikon sur l’ergonomie et la qualité d’image, Panasonic sur la vidéo. Sony, lui, semblait presque en retrait sur cette partie du segment. Avec le nouveau Sony A7 V (Sony ILCE-7RM5), la marque répond de manière subtile. L’appareil n’a rien d’une révolution spectaculaire, mais tout d’une évolution profondément réfléchie. Le constructeur ne bouleverse pas la formule : il l’amplifie, la stabilise, la modernise. Et ce faisant, il redéfinit ce que doit être un hybride polyvalent en 2025.
Une continuité esthétique
À première vue, le Sony A7 V ne cherche pas à se distinguer. Le boîtier reprend presque trait pour trait l’enveloppe du Sony A7 IV : mêmes lignes tendues, même poignée bien marquée, même organisation globale des commandes. Sony parie sur la cohérence permettant aux utilisateurs familiers de la marque de retrouver immédiatement leurs repères. Le viseur électronique conserve sa définition de 3,69 millions de points, le châssis reste compact, et la batterie NP-FZ100 continue d’offrir une autonomie solide, désormais légèrement optimisée.
Cette impression de déjà-vu ne doit cependant pas faire oublier quelques évolutions subtiles mais bienvenues. Sony a légèrement affiné la texture du grip et modifié la courbure de la poignée, ce qui améliore l’accroche avec de longues focales. Les molettes avant et arrière gagnent en précision, avec un cliquetis plus franc et une résistance mieux dosée. L’interrupteur photo/vidéo placé au-dessus de la couronne PASM demeure l’un des points forts de l’ergonomie Sony : il permet de basculer instantanément d’un univers à l’autre, chaque mode conservant ses propres réglages, un détail qui change beaucoup au quotidien. La disposition des boutons évolue dans un sens plus logique, avec un bouton AF-ON légèrement rehaussé et un joystick plus réactif, qui facilite la sélection manuelle du collimateur. L’écran articulé, héritage des boîtiers haut de gamme, offre une liberté de cadrage appréciable, sans compromettre la compacité générale. Dans l’ensemble, l’A7 V n’invente rien en matière d’ergonomie, mais consolide un schéma éprouvé.

Un nouveau capteur semi-empilé qui change tout
Pour cette cinquième génération, Sony inaugure un capteur CMOS plein format de 33 Mpx conçu selon une architecture semi-empilée. Moins coûteuse et moins énergivore qu’un capteur totalement empilé, cette structure améliore néanmoins considérablement la vitesse de lecture. On se trouve ainsi face à un capteur plus rapide que celui de l’A7 IV, mais sans les contraintes budgétaires d’un vrai capteur empilé comme celui de l’A1 ou de l’A9 III.
Cette vitesse accrue a des conséquences directes sur la pratique. Le rolling shutter, longtemps point faible de la gamme A7, recule de manière notable. Le boîtier répond de façon plus instantanée. Les rafales gagnent en cadence. Des fonctions auparavant réservées au haut de gamme deviennent accessibles. L’autre atout de cette génération réside dans sa gestion des hautes lumières : les tests le montrent, l’A7 V protège mieux l’information dans les blancs, un point crucial pour les scènes à forte dynamique. Associé à ce capteur, le nouveau processeur Bionz XR2 profite d’un module d’intelligence artificielle intégré. Ici encore, Sony mise sur la maturité plutôt que sur la révolution. L’IA permet d’analyser plus finement les sujets, d’anticiper les mouvements ou encore de comprendre les contextes de prise de vue. C’est particulièrement visible pour l’autofocus, qui constitue sans doute la plus grande transformation de l’A7 V.

Un autofocus guidé par l’IA
L’autofocus de Sony était déjà réputé pour sa fiabilité, mais celui de l’A7 V place la barre un cran au-dessus. La détection des sujets repose sur une analyse sémantique enrichie : l’appareil identifie les silhouettes humaines, les yeux, les visages, les animaux, les oiseaux, les véhicules, et même certains insectes. Il est capable d’effectuer un suivi dynamique qui s’adapte à des mouvements complexes, parfois rapides ou irréguliers. L’A7 V accroche le sujet comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, même lorsqu’il sort du cadre, lorsqu’il est partiellement masqué ou lorsqu’un élément parasite traverse la scène. On peut ainsi se concentrer sur les réglages ou la composition, sans se soucier de la netteté du sujet.

Un boîtier qui assume sa rapidité
Grâce au nouveau capteur et au moteur de traitement amélioré, l’A7 V gagne en vélocité. L’obturateur électronique atteint désormais une cadence de 30 images par seconde, sans blackout dans le viseur et avec un effet de rolling shutter supprimé dans la majorité des usages. Cette performance, autrefois réservée au haut de gamme, change profondément la perception du boîtier sur le terrain. Un photographe habitué aux 10 images par seconde de l’A7 IV découvre soudain une réactivité quasi sportive. Sony introduit également un mode de pré-captation, capable d’enregistrer une fraction de seconde d’images avant l’appui complet sur le déclencheur. Ce comportement anticipe l’action et aide à saisir les instants les plus fugitifs : l’aile d’un oiseau qui s’ouvre, un geste improvisé, un sourire inattendu. En photo animalière, en reportage ou en sport occasionnel, cette fonction devient rapidement indispensable. L’obturateur mécanique reste quant à lui limité à 10 images par seconde.

Stabilisation optimisée
La stabilisation interne progresse nettement pour atteindre une compensation annoncée jusqu’à 7,5 IL. Un chiffre qui se vérifie particulièrement bien avec les focales standards et les longues expositions à main levée. L’A7 V permet de descendre à des vitesses étonnamment lentes tout en conservant une netteté impressionnante. Dans le cas de la vidéo, le constat est plus mesuré : l’IBIS seul n’offre pas la fluidité totale que certains concurrents parviennent à atteindre. En revanche, associé à une stabilisation optique ou à un gimbal, le résultat devient beaucoup plus professionnel.

Une vidéo largement améliorée, mais pas sans compromis
L’un des reproches adressés à l’A7 IV concernait la vidéo 4K 60p recadrée en Super35. Sony corrige enfin ce point. L’A7 V filme désormais en 4K 60p en plein format, sans recadrage, en exploitant toute la largeur du capteur. Le boîtier propose également de la 4K 120p, mais cette fois en crop. C’est une concession, mais elle reste raisonnable pour un modèle polyvalent. L’échantillonnage, la colorimétrie et la gestion des hautes lumières gagnent en homogénéité, notamment grâce à la vitesse de lecture plus rapide qui limite les artefacts de rolling shutter. On peut toutefois regretter l’absence d’ un mode open-gate ou d’enregistrement RAW interne. Sony semble volontairement maintenir ces fonctionnalités pour ses boîtiers plus haut de gamme, afin de préserver une segmentation claire. L’A7 V se positionne donc comme un outil vidéo solide, mais non spécialisé. Il n’a pas vocation à remplacer une caméra cinéma, mais plutôt à servir le créateur polyvalent qui alterne entre photo et vidéo avec la même aisance.

Une autonomie et une endurance revues à la hausse
Il y a quelque chose de presque paradoxal dans l’A7 V : malgré la hausse générale de puissance, l’autonomie ne baisse pas, bien au contraire. L’appareil se montre plus endurant que son prédécesseur, grâce à une meilleure gestion énergétique du capteur et du processeur. Les tests de terrain mettent en avant une endurance confortable pour une journée de reportage soutenue, que ce soit en photo, en vidéo ou en usage mixte. Cette constance fait partie des atouts silencieux du boîtier. Beaucoup d’hybrides modernes brillent sur le papier mais déçoivent en endurance réelle. L’A7 V, lui, offre un équilibre précieux, qui renforcera son attrait pour les photographes de voyage et les documentaristes de terrain.
Conclusion : l’équilibre comme signature
Ce cinquième opus de la série A7 marque moins un tournant technologique qu’un aboutissement. Sony signe ici l’un de ses hybrides les plus cohérents depuis longtemps, un boîtier mûr, complet, et surtout agréable à utiliser. Là où certains constructeurs misent sur le spectaculaire, Sony adopte l’approche inverse : affiner, optimiser, concentrer l’expérience utilisateur. L’A7 V n’est pas un boîtier révolutionnaire. C’est un boîtier rassurant, solide, parfaitement calibré pour les photographes qui cherchent un seul outil capable de tout faire, et de le faire bien. Pour qui traverse tous les terrains, du reportage au portrait, du paysage à la vidéo, il se présente comme un compagnon de route particulièrement convaincant.
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