Quelle est la différence entre une ouverture T et une ouverture f ?
L’ouverture d’un objectif est un paramètre fondamental en photo et en vidéo. Elle détermine la quantité de lumière captée, influence la profondeur de champ et façonne le rendu de l’image. Pourtant, il existe deux manières distinctes de la mesurer : l’ouverture f/ et l’ouverture T. Si la première est bien connue des photographes, la seconde est essentielle dans l’univers du cinéma. Mais quelle est la véritable différence entre une ouverture f/1.3 et une ouverture T1.3 ? Pourquoi ces deux systèmes coexistent-ils ? Et dans quel contexte privilégier l’un plutôt que l’autre ?
Qu’est-ce que l’ouverture f/ d’un objectif ?
L’ouverture f/, ou “f-stop”, est la mesure la plus répandue en photographie. Elle correspond à un rapport mathématique entre la longueur focale de l’objectif et le diamètre de l’ouverture du diaphragme. Ainsi, une optique de 50 mm avec une ouverture de f/2 dispose d’un diaphragme d’entrée de 5 mm de diamètre. Plus ce nombre est petit, plus l’ouverture est grande et donc plus la lumière est abondante.
Ce système est utilisé depuis l’origine de la photographie argentique. Il permet de normaliser les calculs d’exposition et de travailler de manière reproductible, quelles que soient les focales utilisées. Un photographe sait qu’en passant de f/2 à f/2.8, il divise la quantité de lumière par deux, selon une échelle logarithmique où chaque “stop” représente un doublement ou une division de l’exposition.

Cependant, cette mesure ne tient pas compte d’un facteur essentiel : les pertes internes de lumière. Lorsqu’un faisceau lumineux traverse un objectif, il est filtré, réfléchi ou absorbé en partie par les différentes lentilles, leurs traitements, les matériaux et la mécanique interne. Un objectif très lumineux sur le papier peut transmettre en réalité moins de lumière que ce que suggère son ouverture f/. Et c’est précisément là qu’intervient l’ouverture T.
Qu’est-ce que l’ouverture T/ d’un objectif ?
Contrairement à l’ouverture f/, l’ouverture T pour transmission ne repose pas sur un calcul théorique, mais sur une mesure physique réelle. Le T-stop est défini comme l’ouverture f/ corrigée des pertes internes de lumière. Autrement dit, un objectif T2,8 transmet autant de lumière réelle qu’un objectif parfait (sans perte) ouvert à f/2,8. Cette précision est cruciale dans un contexte où l’uniformité d’exposition entre plusieurs plans ou objectifs est impérative. Ainsi, des objectifs différents utilisés à la même valeur T offriront exactement la même exposition, contrairement à l’ouverture f dont la luminosité finale peut légèrement varier.
Pour calculer le T-stop, les ingénieurs mesurent d’abord le facteur de transmission d’un objectif. Ce coefficient qui quantifie la quantité de lumière qui arrive sur le capteur est ensuite intégré à la formule de l’ouverture. Cela permet d’obtenir une valeur corrigée, qui reflète fidèlement l’intensité lumineuse utile. Cette précision explique pourquoi les objectifs cinéma professionnels sont toujours exprimés en T-stops. Sur un plateau, il est indispensable que deux plans tournés avec deux focales différentes aient la même exposition, sans qu’il soit nécessaire d’ajuster les projecteurs ou la sensibilité du capteur. Grâce aux T-stops, cette cohérence est garantie.

Pourquoi la photo utilise encore l’ouverture f ?
On pourrait imaginer que le système T est objectivement meilleur, puisqu’il reflète la lumière réelle captée. Pourtant, les objectifs photo continuent d’utiliser les ouvertures f/. Ce choix repose sur plusieurs raisons, à la fois historiques, pratiques et économiques. D’abord, les pertes internes dans les objectifs photo modernes sont souvent minimes, surtout dans les optiques fixes de qualité. Une ouverture f/1.4 correspond généralement à environ T1.5 ou T1.6. La différence d’exposition est alors négligeable, notamment avec des capteurs numériques sensibles et des technologies de post-traitement capables de corriger très finement l’exposition. Il n’est donc pas jugé nécessaire de recalibrer tous les objectifs selon leur transmission réelle.
Ensuite, la mesure du T-stop demande un processus de fabrication plus complexe. Chaque exemplaire d’objectif doit être testé en laboratoire pour en mesurer la transmission précise. Cela augmente les coûts et limite la production en masse. Les objectifs cinéma, vendus à un public professionnel et à des tarifs élevés, justifient cet effort. À l’inverse, les objectifs photo, plus abordables, préfèrent s’en tenir à une norme théorique. Enfin, la logique du système f/ est suffisante pour la photographie. L’utilise ajuste son exposition en fonction du rendu global, avec l’aide des systèmes automatiques ou de l’histogramme. La recherche de la cohérence d’exposition entre deux objectifs n’est pas aussi critique qu’en cinéma, où le moindre décalage d’intensité entre deux plans peut briser la continuité visuelle d’une scène.

T-stops et f-stops : quelle différence en pratique ?
Prenons un exemple concret pour mieux illustrer la nuance entre ces deux types d’ouverture. Imaginons deux objectifs 50 mm : un modèle photo à f/1.4 et un modèle cinéma à T1.5. Si l’on installe chacun d’eux sur une caméra, en réglant la sensibilité ISO et la vitesse d’obturation de manière identique, l’image filmée avec l’objectif à T1.5 sera exposée exactement comme prévu. En revanche, l’objectif f/1.4 pourrait légèrement surexposer l’image, ou au contraire sous-exposer, selon ses pertes internes.
La différence est souvent de l’ordre d’un tiers de stop, parfois d’un demi-stop. Cela peut sembler anodin, mais dans une production cinématographique, chaque détail compte. Lorsque le directeur de la photographie prépare son éclairage, il a besoin de savoir avec certitude quelle quantité de lumière chaque optique transmettra. Les T-stops permettent cette rigueur. En photo, où l’exposition peut être ajustée et corrigée à chaque déclenchement et où l’esthétique prime souvent sur la reproductibilité, cette précision n’est pas aussi cruciale. De nombreux photographes apprécient même les légères variations d’exposition comme une forme d’expression créative.

Objectifs cinéma vs objectifs photo : au-delà de l’ouverture
L’opposition entre T-stops et f-stops met en lumière une différence plus large entre les objectifs conçus pour le cinéma et ceux destinés à la photo. Les optiques cinéma ne se contentent pas d’indiquer une ouverture T : elles sont aussi pensées pour offrir une homogénéité visuelle, une course de mise au point fluide, une construction mécanique robuste et une compatibilité rigoureuse avec les contrôleurs externes de mise au point.
Les marques comme Sigma (gamme Cine Prime), Zeiss (Compact Prime et Supreme), Canon (CN-E), Cooke ou ARRI calibrent leurs objectifs pour garantir que toutes les focales d’une même série restituent une image au rendu constant en termes de contraste, de flare, de couleur et de bokeh. Cette régularité est essentielle au cinéma, où l’on enchaîne les focales sans changer de plan esthétique.

Les objectifs photo, à l’inverse, privilégient la compacité, l’autofocus rapide, la polyvalence et le rapport qualité/prix. Ils peuvent offrir une ouverture très lumineuse (comme f/1.2 ou f/0.95), mais avec des compromis sur la transmission réelle, les aberrations chromatiques ou la respiration lors de la mise au point, ce qui peut entraîner de légers changements d’angle de vue en passant d’une extrémité à l’autre de la plage de mise au point.
Conclusion : précision ou flexibilité, à chacun son standard
En définitive, la différence entre ouverture f/ et T repose sur la nature de la mesure : l’une est théorique, l’autre est réelle. Le f-stop est simple, rapide, intégré depuis toujours dans les appareils photo et adapté à la création d’images fixes. Le T-stop, lui, reflète avec rigueur la quantité effective de lumière transmise, indispensable dans l’univers du cinéma où chaque plan doit être rigoureusement exposé.
Pour les photographes, l’ouverture f/ reste une référence suffisante. Pour les vidéastes exigeants, les T-stops sont une garantie de cohérence. Les deux systèmes ne s’opposent pas mais se complètent, chacun adapté à un langage visuel et à un mode de production spécifique.
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