Comment connaître la position du soleil pour mieux planifier ses photos
En photographie, la lumière est la matière première de l’image. Sa direction, sa hauteur, sa dureté ou sa douceur influencent directement les volumes, les couleurs, les contrastes et l’atmosphère générale d’une scène. Savoir où se trouvera le soleil à une date et une heure données est aujourd’hui un véritable levier créatif. Cela permet d’anticiper une lumière rasante sur un relief, un contre-jour précis, un alignement parfait avec un monument ou encore l’entrée d’un rayon de lumière dans une forêt ou à travers une fenêtre. Cette capacité de projection n’est d’ailleurs pas réservée à la photographie : architectes, randonneurs, jardiniers, vidéastes ou urbanistes utilisent ces mêmes outils pour planifier leurs projets.
Comprendre la course du soleil : les bases indispensables
Avant de parler d’outils, il est essentiel de comprendre comment la position du soleil change, ainsi que les différents termes employés pour décrire sa course. Ces fondamentaux permettent d’interpréter correctement les informations fournies par les applications et d’éviter les mauvaises surprises sur le terrain.
Azimut et hauteur : les deux clés de lecture
La position du soleil s’exprime par deux paramètres principaux :
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L’azimut qui correspond à la direction du soleil sur l’horizon, exprimée en degrés (0° = nord, 90° = est, 180° = sud, 270° = ouest).
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La hauteur (ou élévation) indique l’angle du soleil par rapport à l’horizon. À 0°, il est sur la ligne d’horizon ; à son maximum, il est au zénith (ce qui n’arrive jamais sous nos latitudes).
Ces deux valeurs déterminent la direction des ombres, la longueur des silhouettes et la lecture des reliefs.

La variation selon les saisons
Contrairement à une idée reçue, le soleil ne se lève pas toujours à l’est ni ne se couche exactement à l’ouest.
- En été, il se lève au nord-est et se couche au nord-ouest, avec une trajectoire plus haute et plus longue.
- En hiver, il se lève au sud-est et se couche au sud-ouest, restant bas sur l’horizon, ce qui produit des lumières rasantes particulièrement appréciées en photographie de paysage.
Ces variations sont liées à l’inclinaison de l’axe de la Terre et expliquent pourquoi un lieu peut être parfaitement éclairé en hiver et totalement à l’ombre en été… ou inversement.

Observer sans outil : la méthode du terrain
Avant l’ère du numérique, les photographes apprenaient à lire la lumière sur place. Cette approche reste pertinente et complémentaire des solutions modernes.
Repérer les points cardinaux
Savoir où se trouve le nord est une compétence de base. Une simple boussole (physique ou intégrée à un smartphone) suffit pour se repérer. En observant la course du soleil dans la journée, on peut rapidement comprendre comment la lumière va balayer une scène.
Lire les ombres
Les ombres sont de véritables indicateurs. Leur orientation et leur longueur donnent des informations précieuses sur la position du soleil :
- Ombres longues : soleil bas, lumière douce et directionnelle.
- Ombres courtes ou inexistantes : soleil haut, lumière dure, souvent moins flatteuse pour les volumes.
Cette méthode empirique a un défaut majeur : elle ne permet pas d’anticiper précisément. Elle fonctionne sur le moment, mais reste insuffisante dès lors qu’il s’agit de planifier une prise de vue à l’avance ou de se déplacer sur un site éloigné. Pour aller plus loin, les outils cartographiques offrent une première couche d’anticipation. Les cartes topographiques IGN et de relief permettent de comprendre comment le relief va interagir avec la trajectoire du soleil. Une crête, une falaise ou une forêt dense peuvent masquer le soleil bien avant l’heure officielle de coucher. Cette lecture du terrain est essentielle pour la photographie de paysage, mais aussi pour la randonnée, l’agriculture ou l’implantation de bâtiments. En montage, par exemple, un versant est sera éclairé tôt le matin, un versant ouest bénéficiera d’une lumière de fin de journée, tandis que les fonds de vallée peuvent rester longtemps dans l’ombre, même en plein été.
Les applications mobiles pour prédire la position du soleil
Les applications mobiles ont profondément transformé la manière dont les photographes anticipent la lumière. Là où il fallait autrefois combiner observation empirique, cartes et approximations, elles offrent aujourd’hui une lecture immédiate et extrêmement précise de la course du soleil. En entrant simplement un lieu, une date et une heure, il devient possible de visualiser l’azimut exact du lever ou du coucher, la hauteur du soleil dans le ciel et son évolution tout au long de la journée. Des outils de référence comme PhotoPills, The Photographer’s Ephemeris ou Sun Seeker se sont imposés comme de véritables compagnons de terrain, aussi bien pour les photographes de paysage que pour les amateurs d’architecture ou de nature.

Au-delà des simples horaires de lever et de coucher, ces applications permettent une véritable projection créative. Elles indiquent comment la lumière va glisser sur un relief, à quel moment une façade sera éclairée de manière rasante ou quand une vallée basculera dans l’ombre. En intégrant des données topographiques et, pour certaines, des modes de réalité augmentée, elles rendent visibles des phénomènes qui ne le seront que des heures, des jours ou des mois plus tard. Cette capacité d’anticipation change radicalement l’approche de la prise de vue : la sortie photo n’est plus laissée au hasard, mais pensée comme une mise en scène précise de la lumière, parfaitement alignée avec l’intention du photographe.
Visualisation du soleil en réalité augmentée
La réalité augmentée s’impose aujourd’hui comme l’un des outils les plus puissants pour anticiper la lumière sur le terrain. En exploitant la caméra du smartphone et une application compatible comme SunQuest, il est possible de superposer la trajectoire réelle du soleil directement dans le paysage observé à l’écran. On peut ainsi visualiser en temps réel l’endroit précis où le soleil se lèvera ou se couchera, la hauteur qu’il atteindra à un instant donné, ou encore la direction exacte de ses rayons. Cette projection virtuelle permet de comprendre immédiatement comment la lumière interagira avec un relief, un bâtiment ou une ligne d’horizon, sans avoir à attendre que les conditions se présentent réellement.

Ce type de visualisation change radicalement la phase de repérage. Là où il fallait autrefois multiplier les visites à différentes heures ou miser sur l’expérience et l’intuition, la réalité augmentée offre une réponse claire en quelques instants. Elle permet de valider ou d’écarter une idée de prise de vue avant même de sortir l’appareil photo, d’anticiper la position des ombres ou la viabilité d’un contre-jour, et d’optimiser chaque déplacement. Pour le photographe exigeant, c’est un gain de temps considérable.
L’impact de la position du soleil sur le rendu photographique
En photographie en extérieur, la position du soleil conditionne directement la lecture de l’image. Selon qu’il se trouve dans l’axe, sur le côté ou à contre-jour, il façonne les volumes, oriente le regard et modifie profondément la perception des textures et des contrastes. Un soleil placé dans le dos du photographe produit une lumière relativement homogène, qui enveloppe le sujet et met en valeur les couleurs sans créer d’ombres trop marquées. Ce type d’éclairage est souvent recherché pour restituer fidèlement un paysage, une scène urbaine ou une façade, mais il peut aussi lisser les reliefs et donner un rendu visuellement plus neutre, voire légèrement plat si la lumière est trop haute.
À l’inverse, un éclairage latéral révèle la matière, accentue les textures et donne du relief aux formes grâce à des ombres plus longues et directionnelles. C’est une lumière particulièrement appréciée en photographie de paysage, d’architecture ou de nature, où elle souligne les volumes et structure l’image. Le contre-jour, quant à lui, introduit une dimension plus graphique et plus narrative : silhouettes découpées, halos lumineux, reflets et contrastes prononcés transforment la scène en composition plus abstraite. Ce type de lumière exige une maîtrise rigoureuse de l’exposition, mais il offre en contrepartie une force visuelle et une atmosphère que peu d’autres configurations permettent d’atteindre. Comprendre et anticiper la position du soleil revient ainsi à choisir non seulement une lumière, mais aussi une intention esthétique claire pour chaque image.

Conclusion
Savoir où se trouvera le soleil à un instant donné représente une compétence fondamentale qui transforme la manière de pratiquer la photographie. En apprenant à lire la course du soleil, à comprendre ses variations saisonnières et à exploiter les outils de prévision modernes, vous pourrez anticiper pleinement vos séances photos et travailler la composition bien avant de vous rendre sur le terrain. Cette capacité de projection permet de choisir le bon lieu, le bon moment et le bon point de vue, tout en réduisant la part d’incertitude inhérente aux prises de vue en extérieur. Ces outils, désormais accessibles à tous, ne servent d’ailleurs pas uniquement la photographie : ils trouvent leur place dans de nombreux autres projets où l’ensoleillement joue un rôle déterminant, de l’architecture au jardinage.
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