Divers

L’océan comme vous ne l’avez jamais vu avec les DPG Masters 2025

Chaque année, la DPG Masters Underwater Imaging Competition revient comme l’un des rendez-vous majeurs de la photographie et de la vidéographie sous-marines. Lancée par Dive Photo Guide, cette compétition est aujourd’hui considérée comme un championnat mondial pour les créateurs d’images aquatiques, professionnels et amateurs, réunissant un jury d’experts internationaux et un panel de prix prestigieux. Structuré autour de dix catégories, il couvre des thématiques variées allant de la macro à la conservation marine, en passant par les images grand angle ou encore les formats réalisés avec des caméras compactes ou d’action. 

Grand gagnant : Yuka Takahashi

Au large de l’île de Mo’orea, en Polynésie française, deux baleines à bosse évoluent dans une étonnante harmonie. Chaque année, ces cétacés migrateurs venus de l’hémisphère sud rejoignent les eaux chaudes de l’archipel, véritable sanctuaire où ils se reposent et élèvent leurs petits. Toujours observées côte à côte, ces deux baleines m’ont offert un instant rare : celui d’une parfaite synchronie, où gestes et trajectoires semblaient ne faire qu’un. Le temps passé au plus près de la nature m’a appris que chaque animal possède une personnalité propre, bien au-delà de ce que l’on peut apprendre dans les livres. À mes yeux, cette image traduit le lien puissant qui unit ces deux individus, tout en laissant transparaître leur curiosité et leur espièglerie. Une rencontre précieuse, profondément marquante, qui m’a fait ressentir une connexion intense avec la vie sauvage.

Matériel : Sony a7R IV avec objectif Sony FE 16–35mm F2.8 et caisson étanche SeaFrogs


Gagnant catégorie macro : Sunbong Jung

Une blennie à rayures bleues aspire puis rejette à plusieurs reprises le sable à l’entrée de son terrier. À première vue, la scène peut sembler désordonnée, presque joueuse. Pourtant, en observant plus attentivement, se révèle une routine d’une grande précision. Le poisson suit un protocole d’excavation rigoureux, mené en trois étapes distinctes, nettoyant patiemment son abri grain après grain. Cette image saisit l’instant final, le plus spectaculaire : la blennie jaillit hors de son terrier selon un angle d’environ 45 degrés, projetant le sable restant le plus loin possible. Ce mouvement fugace, figé dans le temps, met en évidence l’ingéniosité, la persévérance et la détermination de ce minuscule résident des récifs.

Matériel : Canon EOS R5 avec objectif Canon RF 100mm F2.8 Macro et caisson étanche Seacam 


Gagnant catégorie photo traditionnelle : Chris Gug

En progressant le long d’une pente de vase sablonneuse, à environ 7,5 mètres de profondeur, je découvre ce qui devait être la trentième anémone tubulaire de la plongée. Comme souvent — presque par obsession — je prends le temps d’examiner chacune d’elles à la recherche de symbiotes. Cette fois, celui que j’espérais observer était bien présent, installé à la position parfaite, dominant la scène tel le souverain des lieux. Avant même de déclencher, mon intention était claire : obtenir un fond bleu plutôt que noir. Pour cela, j’ai volontairement ralenti la vitesse d’obturation. Contraint de garder une certaine distance pour composer avec mon objectif macro de 105 mm, j’ai avancé mes flashs au maximum afin de limiter la dispersion de la lumière. Le véritable défi fut alors d’assurer une image nette à 1/25 s — une vitesse délicate compte tenu de ma sensibilité au bruit en haute sensibilité — tandis que l’anémone ondulait au rythme du courant. Au prix du mécontentement annoncé de joints toriques déjà bien sollicités, j’ai fini par caler le caisson directement dans le sable, improvisant un trépied de fortune. À chacune de mes visites sur ce site dans les semaines suivantes, j’ai vérifié ce spot, sans jamais revoir le crabe. Raison de plus pour me réjouir d’avoir pris tout le temps nécessaire lorsque cette occasion unique s’est présentée.

Matériel : Nikon Z8 avec objectif Nikon Z 105mm F2.8 Macro et caisson étanche Nauticam housing, flashs Backscatter HF-1 


Gagnant catégorie libre : Karyll Gonzalez

Cette image composite est née au cours d’un séjour de plusieurs semaines à Lembeh, en Indonésie. Lors d’une plongée, notre guide a repéré une étendue de sable noir abritant plusieurs murènes-serpents, mais une seule d’entre elles était accompagnée de crevettes nettoyeuses. Avec l’aide précieuse du guide, qui maintenait mon snoot, j’ai pu suivre les déplacements de la crevette le long du corps de la murène et saisir l’instant précis où le crustacé se retrouvait juste au-dessus de son œil. Le soleil servant d’arrière-plan a quant à lui été photographié ultérieurement, plus tard au cours du voyage, puis intégré à la composition afin de renforcer la dimension visuelle de la scène.

Matériel : Nikon D7200 avec objectif Nikon AF-S 60mm F2.8 Macro, caisson étanche Nauticam et flashs Sea&Sea YS-D2 strobes


Gagnant catégorie au-dessus et en dessous : Anton Sorokin

Au printemps, dans la Sierra Nevada californienne, les ruisseaux gonflés par la fonte des neiges offrent une eau à la fois glaciale et d’une grande limpidité. C’est dans ces conditions exigeantes que les tritons de la Sierra, remarquablement résistants au froid, viennent se reproduire, passant parfois plusieurs semaines immergés dans le courant. Durant cette période, ils s’accouplent puis déposent leurs œufs à l’abri des rochers, dans les zones englouties des vasques les plus profondes. Observé depuis la surface, un triton n’apparaît souvent que comme une lueur dorée, orangée, scintillant au fond du torrent. De quoi se demander combien de fois, à l’époque de la ruée vers l’or en Californie, ces amphibiens ont pu être pris à tort pour des pépites précieuses.

Matériel : Nikon D810 avec objectif Nikon AF-S 8–15mm F3.5–4.5 Fisheye et caisson étanche Nauticam, flashs Seacam


Gagnant catégorie conservation : James Ferrara

Lors d’une expédition au Sri Lanka, nous avons repéré une tortue olivâtre prisonnière de filets de pêche fantômes, dérivant parmi les engins d’un bateau voisin. Après avoir échangé avec les pêcheurs et obtenu leur accord, ma femme et moi sommes entrés dans l’eau, accompagnés du capitaine, afin de tenter de libérer l’animal. En nous approchant, nous avons constaté qu’il lui manquait déjà une nageoire avant, sans doute victime d’un enchevêtrement antérieur. Avec précaution, nous avons sectionné les cordages, libéré sa nageoire arrière, puis observé la tortue s’éloigner lentement, nageant désormais uniquement à l’aide de ses deux nageoires du même côté. Elle a fini par disparaître dans le bleu, laissant planer l’incertitude quant à son devenir. Ce qui m’a profondément marqué, c’est sa résilience et cette force vitale évidente qui l’animait encore. J’espère que cette image saura toucher le plus grand nombre, en rappelant avec pudeur mais fermeté l’empreinte durable des activités humaines sur ces extraordinaires habitantes des océans.

Matériel : Sony a7R Mark V avec objectif Sigma 15mm F1.4 Fisheye et caisson Nauticam 


Gagnant catégorie eaux froides : Francesco Visintin

Cette écrevisse d’eau douce (Austropotamobius pallipes italicus) présente une spectaculaire coloration bleue, résultat d’une mutation génétique exceptionnelle. Habituellement, l’espèce adopte des teintes noisette à olive, lui permettant de se confondre avec le substrat des rivières. Dans de rares cas, une rupture du lien entre les pigments caroténoïdes et certaines protéines fait apparaître ce bleu intense, un phénomène extrêmement rare dans le monde vivant. Au-delà de son apparence singulière, cette écrevisse constitue un précieux indicateur de la qualité des milieux aquatiques. Elle ne subsiste que dans des eaux douces peu perturbées, aux températures stables et riches en oxygène. Aujourd’hui, ses populations sont en net déclin, victimes de la fragmentation et de la dégradation des habitats, de maladies telles que la peste de l’écrevisse, ainsi que de la pression croissante exercée par des espèces prédatrices invasives, dont le raton laveur.

Matériel : Nikon Z8 avec objectif Nikon AF-S 8–15mm F3.5–4.5 Fisheye, caisson Isotta et flash Isotta RED64


Gagnant catégorie appareil compact : Manuel Wüthrich

Au cénote Dos Pisos, au Mexique, la terre, l’eau et le temps semblent se fondre en un seul et même organisme vivant. Des racines transpercent la voûte rocheuse de la grotte avant de s’enfoncer profondément dans l’eau, tandis que la lumière parvient à filtrer à travers la terre, enveloppant les lieux d’une aura mystérieuse. Des millénaires ont façonné ces formations, et pourtant, tout y paraît animé d’une présence presque tangible. En plongeant dans ce cénote, c’est avant tout le silence qui m’a saisi. Un silence habité, comme si la nature murmurait son histoire : celle de la pluie s’infiltrant lentement dans le calcaire, des racines cherchant la vie, et de la lumière, fragile mais persistante, porteuse d’espoir. Un instant suspendu, qui m’a rappelé à quel point chaque élément du monde est intimement lié aux autres.

Matériel : Sony RX100 Mark VII avec housse étanche Nauticam, support Nauticam WWL-C et éclairage X-Adventurer M8000


Gagnant catégorie portfolio : Tom Shlesinger

Dans un spectacle aussi rare que saisissant, des milliers de colonies de coraux, s’étendant sur de vastes récifs, libèrent simultanément leurs cellules reproductrices. Cet événement fugace, qui ne dure que quelques minutes et ne se produit qu’une fois par an, transforme l’océan en une véritable tempête de neige inversée. Des milliards d’ovules et de spermatozoïdes aux teintes délicates se mêlent aux courants, convergeant pour donner naissance à une nouvelle génération de vie marine. Ce projet photographique s’inscrit dans une démarche scientifique de long terme, visant à documenter les mécanismes de reproduction uniques des coraux. Il met en lumière la richesse et la complexité de ces écosystèmes sous-marins, tout en soulignant les nombreux défis auxquels ils sont confrontés dans un environnement en constante mutation.

Matériel : Sony a1 avec objectif Sony FE 12–24mm F2.8, caisson étanche Nauticam et flash Retra Pro Max 


À travers ces images spectaculaires, la DPG Masters Underwater Imaging Competition rappelle avec force que la photographie sous-marine est bien plus qu’un exercice esthétique. Elle est à la fois un outil de connaissance, un moyen de sensibilisation et un langage universel capable de révéler la fragilité comme la résilience du monde subaquatique. Chaque image sélectionnée témoigne d’une rencontre unique, d’une patience extrême et d’une compréhension intime des écosystèmes marins et d’eau douce. Pour prolonger cette immersion et découvrir l’ensemble des finalistes, leurs images et leurs histoires, rendez-vous sur le site officiel du concours underwatercompetition.com, où l’intégralité de la sélection est accessible. 

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