Matériel photo

Laowa 35 mm f/2,8 Zero-D Tilt-Shift : le grand-angle technique

Avec le nouveau Laowa 35 mm f/2,8 Zero-D Tilt-Shift 0.5× Macro, Venus Optics signe l’un de ses projets les plus ambitieux à ce jour. La marque chinoise, désormais bien identifiée comme l’un des fabricants les plus inventifs du marché, ose ici une combinaison étonnante : un objectif grand-angle à décentrement et bascule, doté d’une capacité macro 0,5×, le tout couvrant le plein format et même une partie du moyen format. 

Un grand-angle pensé pour corriger le monde

Au cœur du positionnement de ce 35 mm se trouve évidemment le double système de mouvements optiques. Le décentrement autorise un déplacement maximal de ±12 mm sur plein format (ou ±8 mm en moyen format), suffisant pour corriger efficacement les perspectives en prise de vue d’architecture. On retrouve ici le geste familier du photographe qui, en relevant l’objectif plutôt que de pencher le boîtier, maintient les verticales parfaitement droites. L’optique offre également une rotation du bloc optique, permettant de placer l’axe dans n’importe quelle direction, ce qui élargit considérablement les possibilités en photographie d’intérieur et en panoramique. 

​​La bascule, de ±10°, ouvre un autre champ d’expression. Elle permet soit de redresser le plan de netteté pour étendre la profondeur de champ à faible ouverture, soit au contraire de la contraindre pour isoler un détail. Le premier cas séduira les photographes de paysage désireux d’obtenir une netteté qui s’étend du premier plan aux montagnes lointaines sans recourir systématiquement au focus stacking. Le second rappellera l’effet de maquette, très appréciable lorsqu’il est utilisé avec parcimonie et précision.

Décentrement pour corriger les perspectives, bascule pour sculpter la profondeur de champ : le 35 mm Laowa offre un contrôle précis du plan de l’image.

Une distorsion limitée 

Laowa revendique ici un design « Zero-D », c’est-à-dire une distorsion géométrique extrêmement faible. Sur une focale de 35 mm, l’exercice reste raisonnable, mais il n’est pas trivial dès lors que l’optique doit couvrir un cercle d’image élargi pour accepter les mouvements. Sur ce point, les premiers visuels fournis par la marque laissent entrevoir un contrôle très net des lignes, y compris aux limites du décentrement. Ce point sera évidemment à vérifier sur le terrain, car les mouvements optiques mettent toujours l’image à rude épreuve, notamment dans les angles extrêmes. Néanmoins, l’effort consenti sur la formule optique avec 14 éléments répartis en 12 groupes, incluant verre à dispersion réduite et zones à indice élevé, témoigne d’une vraie volonté de maintenir la qualité sur toute la surface utile.

Le design « Zero-D » promet une distorsion minimale et un maintien des lignes même en plein décentrement, grâce à une formule optique ambitieuse taillée pour préserver la qualité jusqu’aux bords du cadre.

Le diaphragme à 15 lamelles mérite aussi l’attention. Il promet un bokeh particulièrement circulaire, rare pour un objectif à vocation si technique. Ce choix pourrait séduire les photographes qui alternent paysages géométriques et natures mortes plus poétiques, où le rendu hors champ joue un rôle créatif majeur. L’ouverture maximale de f/2,8 place l’objectif dans une zone confortable. Ce n’est pas une optique de nuit ou de spectacle, mais la combinaison de cette ouverture et de la bascule permet d’exploiter véritablement le contrôle de profondeur de champ, ce qui est finalement l’essence même d’un tilt-shift.

Grâce à son ouverture f/2,8, l’objectif Laowa 35 mm f/2,8 Zero-D Tilt-Shift conserve une bonne luminosité dans les conditions difficiles tout en laissant un contrôle précis de la profondeur de champ propre au tilt-shift.

De véritables atouts en macro

La capacité macro de cet objectif constitue sans doute son trait le plus singulier. La mise au point minimale à 22,8 cm permet d’atteindre un rapport de reproduction de 0,5×. Ce n’est pas un ratio d’objectif spécialisé, mais dans un contexte tilt-shift, il devient particulièrement intéressant. Les optiques macro traditionnelles, lorsqu’elles ne sont pas à bascule, imposent souvent de composer avec une profondeur de champ extrêmement faible. Ici, la bascule offre la possibilité de repositionner le plan de netteté pour suivre une surface, embrasser un volume ou isoler une portion précise d’un sujet. Ce fonctionnement ouvre un champ créatif très large pour la photographie de produit. Une montre, une pièce mécanique, un bijou, ou même un simple objet du quotidien traité comme sujet de nature morte deviennent des terrains d’expérimentation. L’objectif permet de jouer simultanément sur la perspective, la profondeur de champ et le cadrage rapproché, trois paramètres qui n’ont habituellement aucune raison de cohabiter dans un même outil. 

Avec un rapport de reproduction 0,5×, exceptionnel pour un objectif tilt-shift, ce 35 mm ouvre la voie à une macro maîtrisée où l’on peut sculpter la netteté avec une précision inhabituelle dans cette catégorie.

Et en architecture et paysage ? 

En architecture et en paysage, l’optique trouvera sans doute son public le plus naturel. Son 35 mm offre une perspective très équilibrée, ni trop large ni trop serrée. Sur plein format, il couvre un champ de 87,5°, ce qui constitue un terrain confortable pour photographier une façade, une pièce ou un panorama urbain. Le décentrement offre une correction immédiate des perspectives, ce qui évite les déformations visibles lors du redressement logiciel. Il permet aussi de travailler avec plus de rigueur : les verticales conservent leur droiture, les lignes de fuite restent naturelles, et l’image gagne globalement en naturel. En intérieur, le 35 mm évite l’effet tunnel souvent rencontré avec les focales très courtes. Il permet de travailler autour des volumes sans céder à l’exagération des angles. 

La bascule, elle, libère des compositions nouvelles. Sur un paysage côtier, par exemple, elle peut donner une netteté continue à une étendue de sable. Sur un paysage urbain, elle peut permettre d’aligner la netteté sur un plan incliné, comme une rue en pente, ou d’isoler une portion d’architecture en laissant le reste du cadre s’effacer doucement. Dans ces scènes, l’objectif se comporte moins comme un simple 35 mm que comme un outil de contrôle de l’espace.

En architecture comme en paysage, le 35 mm excelle par son naturel et la précision de ses mouvements, offrant à la fois des perspectives impeccables et un contrôle fin de la netteté

Une optique manuelle

Comme tous les objectifs tilt-shift, le Laowa 35 mm est entièrement manuel. La mise au point nécessite une précision classique des optiques manuelles et l’utilisation optimale du tilt ou du shift demande une certaine expérience. Rien d’insurmontable, mais un léger apprentissage est indispensable pour exploiter pleinement les possibilités offertes. L’objectif impose également un certain rythme de travail. On cadre, on règle le décentrement, puis la bascule, puis la mise au point et enfin l’exposition. Ce tempo plus lent est la nature même de la photographie technique. C’est un instrument qui demande du temps, comme un meilleur instrument demande la patience de son musicien. Ce n’est pas une optique pour la photo de rue ou le reportage urgent ; c’est un outil pour les images construites, posées, réfléchies. Il faudra donc prendre en considération ce paramètre lors de vos sorties photo. 

Entièrement manuel, le Laowa 35 mm f/2,8 Zero-D Tilt-Shift 0.5× Macro impose un rythme plus posé : un outil technique qui récompense la patience et la précision, idéal pour les images construites plutôt que pour l’instantané.

Une construction sérieuse

La qualité perçue est dans la lignée des optiques Laowa les plus haut de gamme. Le fût est conçu en métal, avec des commandes bien réparties sur le châssis. Le collier de pied Arca-Swiss intégré facilite la transition entre cadrage horizontal et vertical, point crucial lorsqu’on exploite le décentrement. Le filetage de 77 mm permet l’usage de filtres classiques, ce qui n’est pas toujours évident sur des optiques spécialisées. Il ouvre la porte à des prises de vue longue exposition ou à l’usage de polariseurs, deux terrains où le tilt-shift prend souvent tout son sens. Le gabarit, en revanche, rappelle immédiatement que l’on manipule une optique conçue pour la précision plutôt que pour la compacité. L’objectif affiche un diamètre d’environ 148,9 mm pour une longueur d’environ 104,9 mm. À cela s’ajoute un poids non négligeable de 1,35 kg. Autant dire qu’il impose clairement l’usage d’un trépied dans la plupart des situations. On peut l’utiliser à main levée pour certaines prises de vue, mais l’équilibre du boîtier et la précision nécessaire à la mise au point inciteront la majorité des photographes à stabiliser l’ensemble.

Robuste et pensé pour le travail technique, le Laowa 35 mm f/2,8 impose son gabarit : métal, collier Arca-Swiss et 1,35 kg au service d’une stabilité indispensable pour exploiter pleinement le tilt-shift.

À qui s’adresse cet objectif ? 

À qui s’adresse finalement ce 35 mm ? Sans surprise, à ceux qui aiment construire une image plutôt que la saisir. Les architectes, les photographes d’intérieur, les paysagistes, les créateurs d’images de produits y trouveront un compagnon naturel. Mais l’objectif pourrait également séduire un autre public : celui des photographes polyvalents qui, avec un seul outil, souhaitent avoir la possibilité d’explorer des disciplines très différentes. Il ne faut cependant pas s’attendre à un objectif que l’on glisse dans un sac “au cas où”. C’est un outil que l’on choisit pour une prise de vue précise. 

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